Note du SoilChroniqueur (Quantum) : 9/10
“Mieux vaut entendre parler du roi que de le voir.” Proverbe Finnois
C'est drôle, cette relation qu'ont les peuples modernes avec la royauté. On se rend compte qu'il y a certains peuples qui restent fortement assujettis à leurs rois / reines, tandis que d'autres n'ont pas l'air d'avoir une grande accointance avec. De même que l'on se demande aujourd'hui quel poids politique ont ces familles royales qui sont là parfois plus pour le décorum historique que pour être réellement utiles. A titre personnel, j'éprouve une certaine fascination pour ces familles royales, à mettre plutôt en corrélation avec mon amour pour l'Histoire en général, et je me demande souvent ce que donnerait la remise en place d'une monarchie de droit divin (ben oui ! Soyons fous !) en France. Je me demande surtout d'où peut venir cette fascination et pourquoi l'on en arrive, d'un point de vue philosophique, à s'imaginer ce que l'on ferait ou qu'on aimerait faire si l'on était roi de quelque chose ? Je pense que cela soulève surtout le caractère vaniteux de la condition royale puisqu'en ayant tous les pouvoirs, on tomberait facilement dans l'orgueil et cette auto idolâtrie qui fait que beaucoup de monarques en perdent le contact avec la réalité la plus fondamentale : celle de leur propre condition humaine, perfectible et mortelle. On pourrait presque parler d'une certaine psychose, exacerbée par cette fameuse vanité, cet aspect divin qui allait de pair avec la monarchie et cette confrontation avec la réalité qu'ont connu tous les monarques, que ce soit du point de vue de la santé très précaire (je recommande d'ailleurs le livre de Patrick Pelloux "On ne meurt qu'une fois et c'est pour si longtemps : les derniers jours des grands hommes" qui décrit comment sont morts notamment les grands rois de France et c'est franchement atroce) ou des défaites durant les guerres. C'est ce fameux piédestal qu'avaient les grands souverains qui me poussent à m'interroger sur l'évolution de la perception que nous avons, nous, en ces temps modernes, sur notre propre existence. Et en cela, je ne suis pas étonné que l'on aborde d'un point de vue symbolique certes, la question de cette posture royale. Moi-même, dans un de mes projets, j'avais mis "en scène" un personnage légendaire, surement royal, qui décide de mettre de côté cette réussite divine pour aller vers une sorte de retour aux sources primaires, et se voit dans son chemin de croix totalement alpagué par une figure malsaine qui le guide contre son gré vers sa perte. Pourquoi je déblatère sur cela ? Parce que la prochaine sortie du label Les Acteurs de l'Ombre Productions me permet de mettre en avant un projet musical qui porte le nom de "roi" dans son patronyme et qui sort surtout son deuxième album fidèlement chez ce label. Il s'agit donc, devant vos yeux ébahis, d'Archvile King et de l'album nommé "Aux Heures Désespérées".
Du projet Archvile King, je connaissais le premier album nommé "A la Ruine", lui-même sorti chez les Acteurs de l'Ombre Productions en 2022. Je me souviens d'une musique qui proposait un étonnant mélange, étonnant pour les circonstances et le concept album, de black metal pour le côté épique et de thrash metal ! Du reste, l'one-man band dirigé par un certain Baurus, et qui nous vient de Nantes, nous aura fait patienter quatre ans pour sortir ce second opus "Aux Heures Désespérées". Depuis 2019, notre ami cumule donc un EP, deux albums en comptant ce dernier et un split album de quatre morceaux chacun (quand même !) sorti avec Simulacre. Je n'ai pas souvenir d'avoir vu le groupe sur des affiches de concert, ce qui démontre que, contrairement à ce que je croyais, le label signe également des projets qui ne font pas de concerts ! C'est donc très naturellement que je me lance dans l'écoute et la chronique de ce nouvel album de notre camarade Baurus. Archvile King, c'est parti !
La pochette tout d'abord. La première réflexion que je me suis faite à la découverte du support physique est que le groupe aurait presque mérité de figurer sur le roster d'un autre label français qui est Antiq Records, par sa propension à signer des projets qui tournent autour du médiéval. Sauf qu'en vérité, musicalement parlant, on n'y est pas spécialement mais nous y reviendrons. Sur l'artwork en tout cas, le doute persiste et cela démontre surtout que ce dernier est absolument superbe ! David Thiérée, qui est l'auteur de cet artwork et que je ne connais que de nom, a eu le mérite d'attirer grandement mon attention sur son talent. Il y a particulièrement deux choses qui ont retenu mon attention d'ailleurs sur le design qui illustre l'album "Aux Heures Désespérées" : la colorimétrie et la technique de dessin. Les couleurs sont magnifiques, j'adore spécialement le bleu qui fait ce ciel nocturne, et qui dénote complètement sur l'ensemble qui est sur des tonalités dorées, sauf ce chevalier qui semble en décomposition qui est gris et rouge. L'intérieur et le quatrième de couverture sont quant à eux sur des couleurs qui évoquent le parchemin, l'ancien, et cela va totalement de pair avec le devant du digipack qui fait penser à des récits chevaleresques. Et la technique de dessin est d'une telle précision et d'une telle complexité que j'en suis resté pantois. Si on s'amuse à zoomer, je pense qu'on découvrirait un luxe de détails inespérés, et à l'aube d'une IA qui va nous gangréner la vie notamment d'un point de vue artistique, de voir que des personnes comme David Thiérée se démène pour proposer des artworks aussi incroyables me réconforte avec le genre humain. En tout cas, cet artwork fait la part belle à un univers d'apparence médiévale et mystique, probablement épique et légendaire, et démontre un chevalier qui semble ne faire qu'un avec le mur végétal ou l'arbre qui le soutient, comme si ce dernier devenait de plus en plus ancré sur la Terre mère. D'ailleurs, la position avec la tête renversée tend à souligner que ce dernier est mort. On notera également que l'épée du chevalier est plantée dans la terre et entourée de lianes végétales. Ce qui semble plus étonnant dans ce décor médiéval, est cette sphère qui semble fonctionner comme une sorte de porte temporelle, un peu comme une boule de cristal ou, par la présence d'étoiles sur les contours, de porte inter-galactique ! Un choix surprenant mais brillant, qui semble montrer les fameuses heures désespérées, des heures sombres à une population qui n'a pas connu l'époque dûment montrée. Voilà ainsi un artwork extrêmement bien tourné, plein de sens et surtout d'une beauté céleste, presque mythique ! Excellent boulot, et je pèse mes mots.
Comme je le disais en préambule, j'étais resté sur un premier album qui présentait à l'époque un black metal teinté d'éléments thrash metal, sans tomber non plus dans l'exagération, bien dosé et efficace. Moi qui ne suis pas féru de thrash metal, quand il est associé à autre chose, je suis plus réceptif. Cependant, à ma grande surprise, Archvile King adopte un caractère plus "policé" si j'ose dire. Plus "Les Acteurs de l'Ombre Productions" diront certains ! Le thrash metal occupe désormais une place quasiment minimale, pour laisser place à un black metal à la fois épique et agressif, avec des sonorités plus propres. Les deux singles présentés par le label vous aura certainement amener cet élément de découverte aussi, surtout si comme moi vous connaissez le projet et êtes en mesure de faire une comparaison. Place donc pour "Aux Heures Désespérées" à un black metal mélodique, à la fois puissant et violent, avec des riffs guitares qui apportent un côté aventureux, épique et une touche médiévale qui effectivement rejoint l'artwork en question. Je vois l'aspect violent de ce black metal mid tempo comme une corrélation intéressante avec le nom de l'album qui rappelle quelque chose de nostalgique et profondément émotif dans la musique. Après tout, si l'on reste dans l'hypothèse d'un black metal mélodique qui fait l'éloge à cette époque, n'oublions pas qu'elle a été extrêmement sanglante et noire ! C'est d'ailleurs un sujet devenu récurrent en France, comme une éxacerbation de notre histoire. A noter que notre ami Baurus ne se prive pas de quelques incorporations aux claviers avec une petite touche dungeon synth pas forcément inintéressante, que ce soit dans l'utilisation des sonorités anciennes et dans l'atmosphère un peu mystico épique qu'ils apportent. J'adore ces incorporations aux claviers qui pour la plupart, montent en puissance pour annoncer la musique comme un coup de poignard terrible. On sent tout le poids de la nostalgie et de l'émotion, voilà pourquoi je ne suis pas spécialement surpris du côté policé de la musique qui est présentée ici. Sans compter les interludes en clean très atmosphérique du plus bel effet. Je développerai plus en bas mon propos mais je crois que le changement musical opéré par Archvile King relève selon moi d'une certaine logique quant au concept présenté ici et s'il convient, comme je le disais, de prévenir les amateurs de la première heure du projet, il n'en demeure pas moins qu'avec une oreille neuve ou une soif de découverte importante, chacun y trouvera son compte. L'album en lui-même est très bien composé, riche de mélodies guitares et d'un chant très fort, de beaucoup d'émotions amenés justement par les éléments dûment cités, et le résultat n'en est que satisfaisant. Ce qui est d'autant plus surprenant quand on comprend cette nostalgie qui peut parfois gangréner la scène black metal, c'est qu'on s'aperçoit que notre camarade arrive à retranscrire ses ressentis (car c'est un album forcément très personnel) sans tomber dans l'appel piégeux de l'old school. Du coup, l'évolution de la musique d'Archvile King est manifeste, et rebutera probablement les personnes qui ont connu les premiers émois. En ce qui me concerne, ce changement d'orientation artistique me plait bien, j'aime ce black metal mélodique qui fait l'honneur à des récits épiques et nostalgiques. Et en première intention, l'écoute est impeccable. Très bon boulot !
Quand on parle de black metal mélodique, on se doit d'avoir une production idoine. Quelques fois, j'ai eu à faire avec des albums de black metal mélodique qui avait une production absolument désastreuse, car les différentes parties guitares et les dissonances méritent vraiment qu'on s'attarde intensément sur le son. Je vous rassure, Archvile King a compris cela ! La production est impeccable ! J'apprécie tout spécialement la présence des guitares et la place qu'elles occupent chacune dans le spectre sonore, rendant un peu trop la basse en retrait mais en même temps, la basse n'a pas forcément la même utilisation selon les styles. Je ne suis donc pas rebuté par cette basse un poil trop en retrait ! La batterie, probablement programmée, n'est finalement pas si générée que cela dans le sens où la sonorisation de cette dernière est plutôt adéquate. Et le chant occupe une place qui me sied bien ! A la fois présent mais pas envahissant, même dans les moments augmentées pour qu'il imprègne l'auditeur de sa noirceur. En fin de compte, on se retrouve avec une production qui là encore marque une certaine évolution positive d'Archvile King. "Aux Heures Désespérées" se pare d'un son qui dénote un black metal mélodique comme je le disais, puissant et épique, tout en conservant une certaine bestialité et un gout prononcé pour la noirceur, ce que Belore par exemple ne fait pas. Et ce mélange très subtil donne à "Aux Heures Désespérées" une coloration musicale nuancée mais efficace. Beau boulot pour la production, camarade !
En fait, je pense que "Aux Heures Désespérées" est le genre d'album qu'il faut prendre tout en ne perdant pas de vue que si la musique a évolué pour être plus "accessible" (je n'aime pas ce mot), il n'en demeure pas moins qu'il subsiste quelque chose de profondément personnel et qu'Archvile King ne renie pas pour autant cela. A travers la métaphore filée qui se déroule vraisemblablement à l'époque des chevaliers, Baurus déverse une sorte d'exutoire qui, certes, est un peu édulcoré par la production propre et un certain soin apporté à la composition, mais qui transparait suffisamment pour que l'on pénètre pleinement dans l'album et que l'on se laisse emmener vers des limbes de souffrance. On se rapproche d'ailleurs de la catharsis sur la musique d'Archvile King. En tout cas, ce deuxième album, attendu tout de même après quatre années de maturation, m'a fait du bien sans que je n'explique pourquoi. Peut-être parce qu'"Aux Heures Désespérées", outre le caractère abrasif de la nostalgie, m'a surtout revigoré dans son esprit chevaleresque et a fait ressortir le guerrier qui est en moi. Je pense qu'en fin de compte, affronter la nostalgie avec un compère musical comme Archvile King permet non pas de s'accabler de chagrin ou de noirceur, mais plutôt l'inverse : de se motiver à aller de l'avant. Parce que parfois, le message qui est passé de manière subliminal, c'est justement que la nostalgie peut permettre de nous rassembler et de faire front. Moi, j'ai vécu l'écoute de ce deuxième album ainsi, et même si l'intention de Baurus n'est probablement pas la même que mes ressentis, j'ai pris beaucoup de plaisir aux diverses écoutes pour la rédaction de cette chronique. Je n'ai pas grand-chose à rajouter, mais cet album restera peut-être de manière éphémère tant l'année 2026 commence à peine, comme une des meilleures sorties !
Maintenant, place au chant comme c'est d'usage. La technique vocale se rapproche là encore du groupe Griffon, avec une voix enraillée très gutturale, pas forcément en technique de high scream mais un chant qui vient principalement du fond de la gorge et qui permet de fait, une articulation plus aisée qu'en voix de tête. J'apprécie bien cette technique vocale parce qu'elle amène en plus de cela un côté torturé à l'ensemble, qui contraste finalement très bien avec le caractère épique de ce black metal mélodique. On pourrait penser que les deux ne collent pas spécialement ensemble, et pourtant ! Cela apporte cette touche de noirceur qui, non loin d'édulcorer l'effet puissant de la musique, ajoute une touche très sombre et qui accentue cette fameuse nostalgie. En plus, si l'on part du principe qu'Archvile King évolue dans un objectif artistique de catharsis, cette technique vocale un peu moins "travaillée" donne une certaine authenticité aux textes qui sont chantées et qui sont, eux aussi, fort bien écrits. Donc un ensemble vocale très opportun et qui sublime davantage encore l'ensemble instrumental et rajoute de l'émotion à des riffs déjà entrainants. Bravo !
Vous sentiez venir le sans-faute pour conclure cette nouvelle chronique ? Je pense qu'il serait aisé de constater qu'"Aux Heures Désespérées", deuxième album tant désiré du one-man band Archvile King, après quatre années de silence. Quatre ans, c'est long pour certains comme moi, mais quand on parvient au rendu final, on se dit rapidement que parfois, c'est le prix de la maturation d'un projet déjà très prometteur. De fait, "Aux Heures Désespérées" présente un black metal mélodique en mettant de côté ces riffs plus thrash metal qui faisaient son originalité dans le paysage français du black metal underground. Une originalité aujourd'hui mise de côté pour une musique qui correspond probablement mieux aux standards du label Les Acteurs de l'Ombre Productions. Alors, oui ! Certains crieront au loup, en expliquant que le projet nantais a renié une partie de son identité. Mais au regard de la comparaison faite entre les deux albums, ce n'est pas un souci d'adaptation ou quoique ce soit, "Aux Heures Désespérées" sonne finalement plus comme un bond en avant dans la maturité et l'expression d'une certaine catharsis au travers du spectre métaphorique et mystique du Moyen-Âge. C'est pour ma part un excellent album qu'il convient d'écouter sans tomber dans les anticipations notoires !
Tracklist :
- Riposte 05:52
- Le chant des braves 04:21
- L’Excusé 05:39
- Le carneval du roi des vers 07:05
- Sépulture 07:35
- Aux heures désespérées 05:54
- À ces batailles abandonnées 05:47
- …et aux hommes misérables 04:26
Facebook BandCamp Deezer Instagram Spotify Twitter (X) YouTube Apple








