Ode To Decay – Omega

Ode To Decay – Omega

Note du Soilchroniqueur (Le Duc Rouge) : 8/10

La Normandie c’est un peu comme la Scandinavie : des étendues vastes où il n’y a rien à perte de vue, le soleil se couche tôt, les gens restent enfermés chez eux et boivent … du coup que fait-on quand on s’ennuie ? (à part boire, forcément… ) Eh bien on fait du métal ! Et les petits jeunes d’Ode To Decay le font très bien !

Ode To Decay, formation de black/death, nous propose sur leur EP intitulé sobrement « Omega » quatre titres gonflés à la testostérone. Quatre titres, c’est peu pour juger, mais je vous garantie que la vingtaine de minute de ce skeud décoiffe.

Pour commencer la production est très très propre pour un groupe amateur (pas encore de label, avis aux mécènes !) ce qui permet de distinguer attentivement chacun des protagonistes de cette déferlante de double pédale et de guitares bourdonnantes. De plus les Havrais ont un très bon niveau tant sur le plan technique que sur l’écriture ; quel plaisir de ne pas s’engourdir dans un essaim d’abeilles, et de profiter des deux guitares frénétiques, de la basse (rare dans le black !! ) qui ronronne allègrement, et des hurlements variés du chanteur FTK, qui manie avec brio des growl Death, des mélopées envoutantes à mi voix, pour rebondir enfin sur des hurlements à la Marduk sur fond de blast effréné. Cette capacité à varier les différents styles de chant dans le genre est pour moi la valeur ajoutée du groupe car elle permet de maintenir l’attention, comme tout groupe qui joue la carte de la dualité avec habituellement deux chanteurs. Enfin les compos restent dans la tradition du black/death rapide, martial et impitoyable, comme le fait très bien Marduk ou Mayhem.

« The Black Eye », aliène avec son riff entêtant à 3 notes, et ses passages épiques dont les arrangements à base de cuivres m’ont fait penser à du Septic Flesh. Ce morceau est pour moi LE tube du CD, et j’ai eu plaisir à le réécouter plusieurs fois.

« Red Street » m’a séduite par son intro tout aussi entêtante que The Black Eye, son refrain qui descend en piquet, cette petite ligne d’arpèges très aérienne durant une déferlante de batterie dans les oreilles, tandis que le chanteur nous taquine par des petits cris de satisfaction.

« The Legendary » reste le morceau le plus complexe et le plus long, alternant des passages très martiaux et des déchainements de guitares malsaines, le chanteur se faisant même plaisir à torturer sa voix pour ressembler à Abbath d’Immortal.

Enfin « Rise of the Giant Omega » m’a surpris avec son intro très Doom (hommage à Candlemass ?) pour partir vers un Black/Death percutant, du blast et du chant aboyé comme sait bien le faire Behemoth et se trouve interrompu par des invocations inquiétantes et enfin repartir de plus belle. Le CD est déjà fini, on voudrait en entendre plus …

Au final, Ode To Decay est une bonne surprise, un petit vent d’air frais sur la scène métal française à la bonne odeur de pommes. Les Normands nous offrent un hommage aux grands du black et du Death métal, en réussissant à piocher de bonnes idées chez les pointures du genre, mais tout en se forgeant une personnalité forte. En voyant que les petits gars ont réussi à se faire remarquer par les grecs de Septic Flesh dont ils vont faire la première partie à Caen le 21 Mai, j’espère pour eux que c’est le début d’une longue carrière dans le true black of death of doom of … !

 

Site:http://www.myspace.com/odetodecay
Leur dernier clip : http://www.youtube.com/watch?v=gXzPU8CvwOs
Lien pour infos du concert avec Septic Flesh : http://www.facebook.com/event.php?eid=160986313955970

Totalselfhatred – Totalselfhatred

Totalselfhatred – Totalselfhatred

Note du Soilchroniqueur (Le Duc Rouge) : 9.5/10

Vous souffrez ? Vous voulez en parler ? Non, vous préférez écouter du funeral doom. Et vous avez raison. Alors écoutez Totalselfhatred. Pour son premier album, les Finlandais mettent la barre très très haute en nous servant une magnifique perle de black métal dépressif. La belle et glaciale Finlande vous entoure. Il fait nuit. Et puis, tel des flocons qui tombent sur votre nuque, des notes de piano viennent faire parcourir un frisson dans votre colonne vertébrale. (« Enlighment »). C’est le début de l’apocalypse intérieur. Car Totalselfhatred, au-delà d’une musique remarquable et d’une production très propre pour un jeune groupe de black, est avant tout une catharsis ; il n’y a qu’a voir leurs revendications sur leur site :

“Totalselfhatred is a symbol for resurrection through pain. A pool for the frustrated for the despereate in life, for those living and bleeding towards a higher truth”

Et ça fonctionne en plus. Écouter Totalselfhatred, c’est accepter ce voyage intérieur douloureux, se regarder dans le miroir, affronter ses propres démons. La voix des deux hurleurs (en fait ils participent tous plus ou moins au chant) ne se contentent pas de crier cette haine envers ce monde froid et égoïste, elles hurlent la douleur et la plainte de milliers d’âmes perdues et souffrantes. L’identification est immédiate, l’empathie s’enclenche à mesure que les complaintes se déversent sur nos oreilles, valse des souvenirs enfouis dans notre âme, nous engourdissant dans cette torpeur insupportable, accompagnées de guitares bourdonnantes dans les haut medium, (me fait penser à Burzum), s’achevant sur un arpège plein de réverbe aérienne (« Rusoka »).

Totalselfhatred réussi également le pari de ne pas tomber dans la rengaine, dans le cliché ni dans le sommeil profond. Des morceaux comme « Sledge-Hammered-heart » ou « Carving » alternent passages rapides avec une batterie qui blast comme tout groupe de black qui se respecte, et couplets mid-tempo saturés d’arpèges indicibles, de tapis de frimas synthétiques insaisissable qui maintiennent l’attention tout le long de l’écoute. Des mélodies tristes … mais belles, une basse hypnotique qui viens nous narguer dans les aigus, des ambiances basées sur des arpèges à deux notes tantôt distordues, tantôt claires, des cris black, complaintes torturées sorties du fond de la gorge et des tripes, ou mélopées murmurées à plusieurs… Totalselfhatred nous présente un requiem métallique glacial, d’une lourdeur aérienne saisissante, l’âme étreinte et le souffle court durant 46 minutes.

Une mention personnelle toute particulière pour le dernier morceau éponyme, dont l’ambiance apocalyptique, la mélancolie et les hurlements de douleurs m’ont glacé le sang !

Un album à la fois introspectif et libérateur, à écouter avec précaution tout de même car ce voyage n’est pas à la porté de tout le monde.

Myspace : http://www.myspace.com/totalselfhatred

Obitus – March of the Drones

Obitus – March of the Drones

Note du Soilchroniqueur (Le Duc Rouge): 8/10

Obitus est une formation suédoise qui a sorti fin 2009 une belle perle noire. March of the drones est un concept album sombre et mécanique, plein de haine envers l’humanité. Il décrit la fin de l’homme, asservi par les machines, armées de petits drones stupides qui avancent vers des hachoirs de riffs acérés. La production est propre et le travail impressionnant pour un duo !

Pas d’espoir dans cet album en trois parties ; La première, très rentre dedans vous prend à parti par de nombreux passages violents, malsains aux riffs simples mais aliénants. Un mur de guitares bourdonnantes comme on a l’habitude d’entendre sur une formation black tapisse l’oreille d’une ambiance épaisse et vibrante, tandis que l’intensité de ce rouleau compresseur est renforcée par une boite à rythme très dense, qui continue de vous labourer les tympans. (à la même manière que  Limbonic Art mais sans les synthés).

La fin du monde est en marche et le duo suédois nous plonge en fin de première partie dans une angoisse palpable ; le deuxième chapitre plus calme, teinté de samples indus, est le calme avant la tempête. A l’image de la pochette, on se croirait dans une usine, qui assemble un par un les éléments constitutifs de notre nouvelle enveloppe.

L’apocalypse est en marche et se déchaine sur la fin de l’album. Une haine sans merci, une agressivité sans répit. Les robots se déploient et finissent ce qu’ils ont commencé. Ça va vite, c’est malsain, le système Obitus épuise le cerveau par une ambiance suffocante. Et puis enfin, une outro plus mélodique vient achever l’histoire, telle une musique de générique de fin de film. C’est intense, violent voir mélancolique. Ça fait partie de ces moments volontairement répétitifs, encore une fois pour vous faire perdre vos repères temporels. (je pense à Enslaved dans ses moments psyché). On pourrait donc penser à un peu d’espoir, voir un rayon de soleil percer ce ciel de charbon, mais c’est sans compter sur une fin surprenante, une rupture en pleine élan qui glace le sang.

On ressort de cette expérience avec la bouche sèche et les oreilles qui sifflent … et on en redemande… jusqu’à devenir un drone à son tour ?!

Myspace: http://www.myspace.com/dronesofobitus

Site officiel: www.obitus.org

Dream Theater – Black Clouds and Silver Linings

Dream Theater – Black Clouds and Silver Linings

Note du Soilchroniqueur (Le Duc Rouge): 6,5/10

Être fan de Dream Theater n’est pas facile tous les jours. Surtout en compagnie de métalleux. Entre les quolibets sur les longues séances de tricots de Petrucci, le nombrilisme de Mike Portnoy, et sur l’agonie de Labrie à chaque fin de phrase, il faut être vraiment fan pour défendre aveuglément les inventeurs du métal progressif. Je suis de ceux qui reconnaissent le talent indiscutable de Dream Theater et qui attendent avec impatience chaque nouvel album, en espérant être à nouveau surpris, admiratifs, conquis.

Black clouds and silver linings est le 11e album des progueux et avait été annoncé comme un retour aux sources par Mike Portnoy, qui annonçait fièrement un mélange des titres les plus fameux de leur carrière. Un pot pourri ce black cloud ? Bah un petit peu par moment …

Qu’on se le dise, ce Black cloud commence très fort. Une intro doom, un couplet heavy, du tricot… Dream Theater est en forme et nous raconte encore une histoire sombre sur « A nightmare to Remember » durant un bon quart d’heure. « A Rite of Passage » est ma préférée. Je dirais même que c’est la seule originalité de cet album. Cette intro un peu orientale et surtout ce riff très lourd au couplet m’ont vraiment excité, et montrent que Dream Theater est avant tout du métal. On passera sous silence les délires de Jordan Rudess qui fait toujours son intéressant avec des bruits bizarres…
Je passe vite sur « Wither », balade insipide, un « The answer lies within » en plus fade, pour attaquer le morceau qui m’as le plus mis en colère : « The Shaterred Fortress ». Etant fan de DT, je m’étais renseigné sur leur délire de la suite pour Alcooliques Anonymes (c’est pas des blagues !!) initié sur « The glass Prison ». Plusieurs morceaux jalonnent les albums de DT et parlent de l’alcoolisme de Mike Portnoy (je vous laisse fouiller un peu sur le net ! ). Le délire va jusqu’à reprendre purement et simplement des passages, des paroles et riffs d’anciens albums sur l’ensemble du morceau. Eh bien le voici le morceau pot-pourri … ou devrais-je dire copier-coller. Ce puzzle bordélique (et long…), masturbation musicale ? Clin d’œil à leur carrière et donc à leurs fans ? Je vous laisse juge, mais cet auto-plagia assumé par le groupe m’a personnellement beaucoup agacé …

Heureusement les deux derniers morceaux redressent la barre. Deux longues pièces tantôt mélodramatiques (« The best of Times » parle du décès du père de Mike Portnoy, et musicalement me fait penser à « The Ministry of Lost Souls« ) tantôt atmosphériques (« The Count of Tuscany  » avec son passage calme très Pink Floydien), tout en conservant ce qui fait la force du groupe : du bon métal progressif.

Alors que penser de ce dernier cru Dream Theater ? Avec seulement 6 morceaux, il ne faut pas se louper. Et manifestement j’en jetterai un bon tiers. Je suis donc resté sur ma faim, et pour la première fois j’ai le sentiment que DT ne se renouvelle pas. DT fait du DT pour les fans de DT au point de rester en roue libre.
Admiratif : toujours / Surpris : hélas non / Conquis : sûrement pas.

A noter que l’édition collector comprend plusieurs reprises. Désolé mais je n’ai pas eu l’occasion de me pencher dessus, ne connaissant pas tous les titres originaux…

Site officiel: http://www.dreamtheater.net/

Myspace: http://www.myspace.com/dreamtheater