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Live report : Willhelm von Graffenberg

Photos : Nickie LM


La fin d’après-midi sur Rouen ne s’annonçait pas sous les meilleurs auspices : le tonnerre gronde, abattant sur la ville une pluie diluvienne qui inciterait tout être humain, animal ou végétal à se lover dans l’abri le plus proche, de fortune éventuellement. Mais était-ce un signe de Thor qui voulait avaliser de ses augures la soirée pour laquelle Rouen va résonner ce soir ? Je ne parle pas des Fêtes Jeanne d’Arc, rendez-vous annuel des férus d’histoire médiévale, mais du Rouen Pagan Gathering, mini festival de folk/pagan organisé par l’association Valtéri. Quatre groupes seront à l’honneur ce soir, tous dans un style relatif au mythique et à la relation d’évènements historiques ou fictifs… mais épiques quoiqu’il en soit. C’est un peu le crash test de Valtéri que d’organiser ce type d’event : la concurrence locale est assez rude en cette soirée, tant pour les divers concerts simultanés dans les bars avoisinants ou même ceux organisés par la ville pour l’occasion de ce weekend de commémoration de la Pucelle d’Orléans. Avec ce genre de conditions climatiques qui leur feront perdre un timing assez précieux, pour une PAF dérisoire (7€, quand on sait qu’à l’affiche on trouve quelques pointures de la scène comme Drakwald) dans un café-concert nommé Le Hipster – au moins, l’emplacement est sympa : un temple protestant surplombe de sa massivité noircie par la suie polluée le parvis attenant à l’entrée dudit café-concert –, mais qui portera mal son nom ce soir, finalement, les éléments déchainés n’entraveront pas la volonté des hordes furieuses à embarquer à bord du langskip, direction le Valhalla !

 

Veliocasses : place aux jeunes

La série de concerts commence – ayant pris un quart d’heure de retard – avec les benjamins de la soirée, le groupe de folk pagan rouennais Veliocasses. Leur nom est tiré d’une tribu gauloise (littéralement « véliocasse » signifie « tresse modeste ») et leurs morceaux, de leur tout récent EP Seluanos Bona (NdT : « notre fondation »), traitent de thématiques d’époque et locales (« Sequana », référence à la Seine mitoyenne, etc.), EP paru le 5 mai dernier qu’ils viennent défendre ce soir et dont ils joueront quelques morceaux, sans se priver non plus d’en ajouter un inédit.

Pourquoi « benjamins » ? D’une part, parce que ce sont effectivement les plus jeunes de cette soirée, mais parce que la majorité des membres sont à peine majeurs, voire pas encore. Ne vous y fiez pas – j’en entends déjà se marrer au fond – « la jeunesse est un art » (O. Wilde) et eux ont déjà l’art de la scène. Rien de mieux pour ouvrir cette soirée : du folk, alternant certains passages death, un mix donc de tendresse et de violence. Ils sont 7, grimés de maquillages ornementaux et arborant des tenues taillées pour leur répertoire, sur une scène de taille assez réduite (mais déjà bien plus grande qu’au Klub par exemple, sans dédaigner, sur laquelle ils auraient été plus serrés que des sardines dans le slip d’Hannouna). Dans une formation pas forcément coutumière des TRVE metalleux, on note le duo guitare électrique/guitare acoustique – pas forcément des plus communs dans l’univers metal – mais aussi un growleur, Théo, qui joue par passages du tin whistle (les petites flûtes irlandaises) qui se fait répondre en screams par le guitariste acoustique, Marwen, sur des jeux de mélodies en duo avec une autre flûtiste (traversière, celle-là) et une violoniste, le tout accompagné par la section rythmique de batterie et basse. Tous les micros sont devant ces 7 musiciens qui seront occasionnellement choristes, incitant le public à entonner des « woooh oh » de circonstance.

Le concert se déroulera bien, la salle déjà chaude – ay, mucho calor : la caliente fait déjà monter le thermomètre pour cause de manque d’aération, les membres de l’asso organisatrice profiteront de chaque changement de plateau pour ouvrir les portes et donner un coup de frais à la salle – va s’échauffer davantage par le set des Veliocasses qui, même s’il leur manque encore un peu de charisme et de présence sur scène, prendront petit à petit l’assurance nécessaire pour ne plus faire qu’ouvrir les soirées. Quelques pains de ci de là, mais rien de bien méchant (et je n’excuse pas leur jeunesse de la scène, mais parce que ça n’a pas franchement entaché leur concert). Un groupe prometteur.

https://www.facebook.com/Veliocasses-685399151507269/

 

Le son est bon dans la salle. Ce sera le cas pour l’ensemble des groupes de la soirée, avec des balances discutables pour certains mais c’est aussi un choix des musiciens.

Ce qui nous amène, après une pause clope, aux parisiens de Gorgon.

 

Gorgon : l’Assommoir (E. Zola)

Loin d’être soulant, le set des Gorgon est pointu et assiéra la soirée qui va s’annoncer plus brutale. Deuxième groupe de la soirée à venir défendre la sortie d’une production musicale, leur album Titanomachy est sorti seulement quelques jours auparavant – le 25 mai… en outre, je vous avoue que j’aimerais bien le recevoir et le chroniquer, tant l’extrait studio que j’en ai entendu m’a fait saliver.

Eux aussi ont sorti les peintures de guerre et tenues de combat, pour narrer de la mythologie grecque sur fond de Death sympho épique. Ils growlent, ils blastent, ils tremollent, bref, le quatuor parisien a revêtu ses parures de guerre rouge et blanches pour envoyer sa démonstration scénique, démonstration musicale de toute beauté. Une nana bourrée s’invitera même sur scène à venir onduler pendant que les Gorgon entament leur morceau final.

Deux défauts majeurs, selon moi, à ce set malgré tout très bon : les bandes qui donnent leur caractère épique à la musique se perdront un peu dans la masse sonore, et surtout un contact avec le public un peu trop impersonnel et restreint, à base de répétitions de « Est-ce que ça va, Rouen ? » (Ok, ils étaient la veille à Lyon, mais j’espère qu’ils n’ont pas passé leur concert à faire des « Est-ce que ça va, Lyon ? »). La salle s’est encore davantage remplie et ça semblera suffire au public présent pour répondre aux invectives, secouer des cheveux et lever des poings.

Un bon concert et une bonne découverte somme toute ; si vous avez l’occasion de les voir par chez vous, profitez de ce moment musical qui vaut le détour – ou au pire, en bon fan de Death sympho, procurez-vous leur album.

https://www.facebook.com/gorgonofficial/

 

Changement de plateau. Aération de la salle. Pause clope. La suite annonce du lourd avec Drakwald.

 

Drakwald : c’est qui ton papa ?!

Les tourangeaux de Drakwald ne sont plus trop à présenter : soit vous suivez la scène folk pagan et vous les avez déjà vus durant la série de concerts qu’ils donnent en ce moment (ou auparavant), soit vous n’allez qu’aux fests et vous les avez surement croisés au Motocultor de l’an passé. Les darons de cette scène française qui viennent également défendre leur dernier album sorti en mai également, Riven Earth, seront parmi les plus attendus de cette soirée, devant une salle quasi comble. La chaleur et la moiteur latente se sont accrues au fil des heures et n’entraveront en rien l’énergie déployée par le quintette devant la foule qui a afflué, celle des curieux qui découvrent ou des « déjà acquis » arborant les T-shirt à l’effigie du groupe.

Un set efficace, frontalement brutal mais entrecoupé de passages de cornemuse et de whistle, ainsi que quelques thèmes vocaux qui seront repris en chœur par le public, qui incite à faire tournoyer de la crinière, s’autorisant des pogos, des walls of death, un petit circle pit – l’espace réduite n’aidait pas forcément aux grandes effusions de chenille ou autre danse des canards. Drakwald ne fait pas dans la demi-mesure niveau musical et ont même fait un effort notable quant au contact avec le public, bien moins distant qu’on a pu le noter précédemment, Thibaud le chanteur/bassiste faisant usage du moindre moment de liberté pour haranguer les foules et les rallier à leur cause.

Une fois encore, Drakwald ravit les foules : les hommes hurlent, les femmes tombent en pamoison et s’évanouissent – bon, ok, j’abuse mais je fais référence anecdotique au malaise d’une spectatrice peu avant leur set, pour cause de chaleur étouffante post-orageuse. Si quelques pains sont à noter, le groupe n’a plus grand-chose à prouver quant à son efficacité musicale et mérite d’accéder à un niveau supérieur de la scène metal.

https://www.facebook.com/Drakwald/

 

La chaleur a encore atteint un palier : aération o-bli-ga-toire pour la tête d’affiche, tant on s’attend à ce que le mercure monte encore d’un cran.

 

Drenaï : Gemmell le doigt devant, Gemmell le doigt derrière, je fais de tous petits ronds…

Les hôtes de la soirée jouent dans leur fief, sur leurs terres, et une foule massive viendra combler les derniers espaces restant dans la salle qui attendra alors sa jauge maximale dès que résonneront les premières notes de leur set. Ils sont aussi les organisateurs de la soirée, donc enjeu encore plus grand et, contrairement aux autres groupes de la soirée, s’ils ne viennent pas assurer les ventes d’un nouvel album, ils joueront quatre morceaux de leur prochain, dont deux totalement inédits sur scène. Tributaires de leurs références à l’auteur de fantasy David Gemmell, ils vont nous emmener encore ce soir sur des terres inconquises et insoumises, celles de la peuplade Nadir qui sera le topic de leur opus à venir.

Si on peut noter quelques décalages par moments (mais le concert parfait existe-t-il vraiment ?), la setlist va convaincre un public en grande partie acquis et répondant : le son est bon et équilibré, et même ceux qui découvrent le groupe vont se faire embringuer par les followers dans toutes sortes d’excentricités que le septuor rouennais va mettre en branle pour chauffer à vif la salle. L’ambiance est chaude bouillante et même les deux nouveaux morceaux – en fait, trois inédits à Rouen, pour être exact – vont prendre en haleine la foule qui obscurcit le moindre espace. Chaque interstice sera dédié au mouvement. Car mouvement il y aura, ce même le premier titre entonné, inédit : le public remuant sera incité dès le premier refrain à entonner le thème tribal. Car Drenaï, musicalement, c’est un folk death qui va puiser ses sources tant dans la(les) musique(s) ethnique(s) que dans les divers registres du Metal (avec une grande majorité de riffs death, donc, même si variété il y a, on reste dans cette trame). Oh, tiens, revoilà la même nana bourrée qui monte sur scène… et s’en fera assez rapidement éconduire : ah, bah oui, autant quand il n’y a que 4 zicos, on peut se permettre, mais les Drenaï étant, à l’instar des Veliocasses, 7 également, pas trop la place pour ce genre de fantaisies ! Et puis, 7 instrumentistes (un frontman/chanteur, deux guitares, une basse, une batterie, un keytar, une kyrielle de whistles) mais aussi chanteurs/choristes, ça fait également 7 micros sur scène : entre les parties lead du growleur/narrateur Diego, le roleplay de Guile et celui entre Ben et Diego, les chœurs massifs et polyphoniques entonnés par les 7, on fait beaucoup dans le jeu de scène et c’est aussi ce qui fait la trademark et la force de Drenaï : le caractère spectaculaire.

Le groupe va donc alterner anciens et nouveaux morceaux, s’offrant le luxe d’un wall of death dès le deuxième, avec un public survolté – dont certains éléments très « posey » faisant des slams et se laissant paisiblement porter par les autres – et ravi d’entrer dans ce jeu de rôles de guerriers drenans alors que Diego les invite à rejoindre son armée losqu’il incarne Druss, le personnage emblématique de la saga gemmellienne, face à celle de Gorben (interprété par Ben), le pointant de sa hache maudite, la Snaga, faite pour l’occasion comme accessoire scénique. La communion et la magie qui en découle opèreront d’emblée. Si le make up et le costume medfan étaient de rigueur ce soir, ils servent surtout chez Drenaï à servir à soutenir le propos de l’histoire qu’ils racontent en musique et certains du public se prêtent également au jeu, en se faisant maquiller ou arrivant déjà grimés.

Sept guerriers et seulement sept morceaux – chaque groupe à passer ce soir, pour raisons de timing, avait une setlist de 40 minutes – qui laisseront un public épuisé mais content d’avoir été de cette soirée dans une ambiance tropicale, Drenaï étant la cerise sur le gâteau de l’exutoire.

https://www.facebook.com/drenaimetal/

 

Valtéri a donc réussi son pari, et ce malgré les conditions climatiques pas trop favorables (et je vous passe les raisons de « pénurie de carburant »), de rameuter bien du monde pour cette soirée de mini fest initiatique, démonstration que même à petite échelle, le public sait répondre présent – les absents ayant toujours tort et ce fut le cas ce soir. Bravo aux groupes présents d’avoir assuré tant la musique que le spectacle.

[PS : n’étant doué que pour les photos dossiers, trollages ou memes, celles jointes au report ci-dessus ne sont pas de moi – et heureusement – donc  merci à Nickie LM d’avoir assuré le shooting]




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