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Witchgrove – Goetic Songs

Le 9 avril 2019 posté par Metalfreak

Line-up sur cet Album


  • Galaad : Batterie
  • Olaf : Guitares, Chant
  • Judith : Chant, Basse

Style:

Stoner / Sludge / Doom Metal

Date de sortie:

11 Avril 2019

Label:

Smokin' Witches Records

Note du SoilChroniqueur (Quantum) : 8.5/10

« Si l’Église condamne la magie et la sorcellerie, c’est qu’elles militent contre les intentions de Dieu, qu’elles suppriment le travail du temps. » (Charles Baudelaire) [Cela faisait longtemps que je voulais mettre une citation de ce grand poète, me voilà satisfait !]

Me voilà surtout reparti pour la ville de Lyon ! Décidément, non content d’y avoir vécu pendant quatre ans, il faut sans arrêt que je retourne arpenter les rues du Vieux Lyon et admirer la cathédrale de Fourvière, si atypique dans sa construction architecturale. Non pas que l’expérience me déplaise en elle-même mais c’est un sentiment de retour en arrière perpétuel qui doit bien vouloir signifier quelque chose. Allez, parenthèse psychanalytique refermée ! Pour introduire cette nouvelle chronique, je me suis souvenu que, lors de mes pérégrinations dans des brocantes de mon Ardèche, j’étais tombé avec ma compagne sur un ouvrage qui traitait de la sorcellerie sur Lyon. Car il se trouve que cette ville était au cœur d’un occultisme important au Moyen-Âge et que Lyon fourmille d’histoires sur les sorcières et la magie noire. Sans compter les livres de Nicolas le Breton ou de Norbert Crochet qui traitent de ce sujet-là. En tout cas, si vous l’ignoriez, vous saurez dès à présent que Lyon a une histoire toute particulière avec la sorcellerie et cela ne m’étonne guère qu’un groupe comme Witchgrove voit le jour sur ces cendres de bûcher-ci (NB : il s’agit du livre « La Sorcellerie Lyonnaise » de Paul Leutrat, 1977)

Witchgrove, donc, voit le jour en 2015 avec un trio composé de Galaad à la batterie, d’Olaf à la guitare et au chant et de Judith au chant et à la basse. A leur actif, on retrouve une démo de deux titres appelée… « Démo« , et de ce premier EP de quatre titres nommé Goetic Songs. Le groupe décrit sa musique comme un mélange de Stoner, de Sludge Doom et de rock occulte. Quand je parlais de construction architecturale atypique, on est en plein dedans aussi niveau musical ! Les copains/copines, seriez-vous une réincarnation directe des Gones ? En tout état de cause, nous partons non pas vers une homélie dictée par un certain cardinal que je ne nommerai pas ici sous peine de devoir vomir après mais bel et bien vers une messe noire… Une référence à la Goétie qui est l’art d’appeler les démons, tout simplement. Cela promet !

Pour ce qui est de la pochette, l’artwork est somme toute assez simple : le logo du groupe en blanc sur fond gris foncé avec en arrière-plan une forêt obscure (à peine dicible), comme un symbole tracé à la craie sur un tableau ou sur le sol en amont d’une cérémonie démoniaque. Si je loue le travail des graphistes qui proposent des artworks de compétition, il n’en demeure pas moins que je sais apprécier la simplicité là où elle se trouve si elle évoque clairement quelque chose, ce qui est le cas ici. Et puis, j’ai toujours été sensible à la symbologie. Donc un bon point pour cette pochette décrite succinctement.

Le premier morceau débute à la basse et grosse caisse, avec l’arrivée progressive des guitares. Le riff dominant sonne bien stoner et il me plait beaucoup car il est bien entrainant, voire même bien groovy. A noter qu’il tournera en boucle tout le long du morceau mais ce n’est pas gênant car il est vraiment bien accrocheur. Je ne le savais pas encore mais cette répétition d’un riff principal clairsemé par quelques contrechants ou des soli sera la base de composition même de tous les autres morceaux de l’EP. Le chant est, quant à lui, bien typé sludge avec cette voix bien torturée, bien démoniaque, qui contraste de manière assez saisissante avec l’ensemble instrumental derrière mais qui ne me semble pas antinomique, bien au contraire. La présence d’un solo opportun qui ajoute une touche de groovy est plus que sympa. En fin de compte, il y a une sorte de génie de composition dans ce premier morceau, qui sera également étendu aux autres. Génie de composition parce qu’arriver à mélanger des instrumentaux très rock stoner avec des voix torturées et cette lenteur lourdingue propre au Doom Metal relève d’une prise de risque aussi élevée que le résultat final est excellent ! Ce n’est donc pas une galéjade de dire que la musique est surprenante mais réellement géniale ! Même la longueur du morceau – environ six minutes – n’est pas un frein. Donc une très bonne surprise !
Par contre, une question me taraude donc je la pose : la présence d’un seul guitariste sur le line up n’impose en concert qu’une ligne de guitare donc comment faire pour incorporer les soli si géniaux ? J’ai peur de tomber sur un de ces groupes qui mettent en avant le solo au détriment de la base rythmique, ce qui donne un résultat brouillon en live…

Le deuxième morceau me fait penser, sur le principe, à Triptykon, ce qui est plus qu’un compliment puisque j’adore Triptykon. On retrouve la même base précédente avec un riff qui tourne en boucle mais la présence d’un chant clair, encore plus surprenante soit-elle que le reste, n’est pas désagréable ! Surprenante dans son utilisation car peu fréquente dans ce style, mais qui passe très bien ; bon, il n’y aura que ce morceau qui sera chanté en clair donc une petite exception, du genre que je n’apprécie guère d’ordinaire mais qui, pour une fois, passe bien. Le reste est évidemment aussi efficace qu’avant ; je continue à adorer l’ensemble et j’avance doucement (et surtout lentement) vers une belle découverte que cet EP. La longueur des morceaux m’interpelle non pas parce que c’est redondant mais parce que c’est justement l’inverse qui se produit ! J’ai fini par comprendre que la lenteur temporale y est pour beaucoup parce qu’on ne peut pas construire une chanson avec des tempos lents sur la même longueur que les autres, et du coup je trouve que c’est essentiel que ces morceaux durent longtemps alors que d’ordinaire cette chose me rebute un peu.

Le troisième morceau démarre avec un riff plus noir justement, plus « grave ». La voix revient sur le registre de départ, c’est à dire une voix torturée, et l’arrivée d’une deuxième guitare en contrechant rajoute davantage de noirceur. Ce qui se rajoute pour me plaire, ce sont les soli : en fait, je ne pensais pas que l’on pourrait sans peine mettre un solo sur des tempos aussi lourds et lents, et finalement non seulement c’est beau mais, en plus, c’est prépondérant dans la composition ! Le morceau se finit sur un tempo de plus en plus ralenti. Je trouve que c’est ce morceau qui donne cette touche vraiment occulte, contrairement aux précédents qui étaient limite un peu trop rock pour faire occulte. Dans ce morceau, on sent qu’il y a quelque chose de magique, de plus profond. Jusqu’à présent, j’étais, en effet, un peu sur ma faim car un groupe qui me vend de l’occulte doit avoir une marchandise très malsaine, très sombre. Les riffs d’avant étant très rock, j’étais légèrement frustré parce que c’est compliqué de faire dans l’occulte avec des riffs limite « dansants ». C’est probablement de facto mon morceau préféré.

Et pour terminer, le dernier morceau (le plus long) que je vais trouver finalement trop long à se mettre en route. Deux minutes avant que le chant n’apparaisse, dans ce style de Metal, cela peut être long et c’est ce qui se produit. Je me languis un chouia trop et, si je portais des louanges à cette durée des morceaux, là, mes limites ont été un tout petit peu atteintes… Par contre, cette mise en route diesel se verra compensée par un tempo légèrement plus accéléré que sur les autres mais qui fonctionne bien avec ce solo super long qui prendra pratiquement la dernière moitié entière du morceau. Toujours la même base de composition : un riff qui tourne en boucle et ponctué par quelques variations opportunes.

Les points forts de ce premier EP sont nombreux mais j’aimerais mettre en avant et plus particulièrement le chant que je trouve absolument incroyable, avec une souffrance retranscrite d’une rare intensité et qui se fraye un chemin sans être incompatible avec le reste, et le travail de composition qui est juste quasiment parfait. Le son est très bien travaillé, on voit que des moyens ont été nécessaires et utiles pour donner ce son que je trouve d’ailleurs assez singulier, où l’on devine la fameuse noirceur propre aux sciences occultes mais sur des mélodies entrainantes et langoureuses en même temps : un génie de composition, comme je le disais.
Ma seule petite déception viendra du manque de chant : je trouve qu’il est un peu trop absent et mériterait une place plus importante, surtout quand on sait que le concept de l’EP est la Goétie et qu’il s’agit d’incantations, de chants et de sortilèges ; c’est un peu dommage de ne pas avoir mis en avant de manière plus approfondie le chant. A méditer.

En résumé, ce premier EP jette déjà les fondations d’une musique surprenante mais excellente. Ce mélange de Stoner/Rock et de lenteur type Doom Sludge, s’il s’avérait bizarre au départ, fait montre d’un grand travail de composition pour aboutir à une musique géniale, à la fois entrainante et sombre ce qui, de mémoire, ne m’était jamais arrivé aux oreilles. Je suis conquis par cette recherche d’originalité qui arrive à créer une musique unique, qui s’écoute sans fatiguer et qui donne une petite bouffée d’air frais sur un style probablement trop codé et trop fermé. Mes félicitations ! Vraiment, je crois que l’on tient dans cet EP un pas de géant vers de futurs chefs-d’œuvre et qui réveilleront, je l’espère, la fierté des sorcières de Lyon depuis trop longtemps endormies.

Tracklist :

1. Witchgrove
2. Sabbath Night
3. Mood for Love
4. A Reason to cry, to despair and to pray

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