Snøgg – Ritual of the Sun

Le 29 août 2020 posté par Metalfreak

Line-up sur cet Album


J. : tous les instruments, chants

Style:

Black Metal / Drone ambiant

Date de sortie:

17 Juillet 2020

Label:

Autoproduction

Note du SoilChroniqueur (Quantum) : 8/10

La lune est le rêve du soleil.” Paul Klee

Cette nouvelle chronique est celle de la peur. Pire qu’une série Netflix basée sur l’horreur, ou le morceau sur la leucémie de Pamela Chiffi (big up à mon adorée consœur de live report Cassie Di Carmilla), il y a les albums en un seul morceau. Jusqu’ici mon exemple le plus connu était l’album Winter’s Gate d’Insomnium que j’avais adoré, en l’écoutant sur YouTube j’avais eu l’impression qu’il y avait plusieurs morceaux différents. Quand j’ai acheté l’album, grosse surprise! Il n’y avait qu’un seul titre… de trente-neuf minutes et cinquante-quatre secondes. Sans pouvoir zapper sur les morceaux. Autant vous dire, mes ami(e)s, que pour faire la chronique de cet album, à moins de le faire sur un pc et non sur un support d’écoute mobile, il faut tout écouter. Et comme je sais qu’il est tentant de la part de certains de zapper un album pour en faire la chronique et ainsi, donner l’illusion que l’on a tout écouté, ici pas de tricherie possible! Il faut tout se farcir, et c’est ce que je m’apprête à faire avec l’album de Snøgg, qui se nomme Ritual of the Sun, et encore une fois, au-delà de ma gentille pique à l’encontre de certains chroniqueurs, je ne comprends absolument pas pourquoi faire un morceau unique aussi long… Quel est l’intérêt? C’est en substance ce que je vais essayer de comprendre car, lorsque j’ai opté pour Ritual of the Sun, je ne savais pas qu’il s’agissait d’un seul titre d’une trentaine de minutes.

Mais d’abord, si vous le voulez bien, présentons Snøgg. Il s’agit d’un one-man band installé en Slovénie, à Velenje précisément, et qui existe depuis 2013. Autrefois appelé Black Trail, j’ai vu sur le site de Metal Archives un gros rectangle blanc entouré de parenthèses pour le nom actuel du groupe. J’avoue ne pas avoir compris pourquoi… Mais toujours est-il que le groupe sous le nom de Black Trail n’a rien sorti d’officiel, et que depuis le changement de nom on en est à une démo, trois EPs, un split avec Carnifliate (autre groupe de Velenje, en Slovénie et qui fait du death metal et dont, ô surprise ! Fait partie Ulv, l’instigateur du groupe qui nous intéresse), une compilation qui est en fait une sorte d’album qui regroupe deux EPs, et enfin un coup d’accélérateur avec la sortie de deux albums, l’un en 2019 qui se nomme Chhinnamasta (cannelle en hindi) et donc Ritual of the Sun cette année 2020. Le tout en total autoproduction, sans label. Ce qui attire de suite mon attention quand j’étudie l’histoire du groupe slovène c’est ce qu’il me semble être, sans totale vérification, une vraie ouverture d’esprit. Surfant sur une vague black metal assez courante sur le papier, je découvre au travers des titres de ses CDs une sorte de curiosité qui dépasse les carcans trop usités du black metal pour pendre les diffamants au puritanisme. Pour une fois que l’on a un groupe, ou ici un musicien, qui traite d’autres sujets sans être estampillé « post-black metal » en gros, c’est ravissant. J’aime bien cette sensation de nouveauté dans laquelle je glisse doucement.

Comme d’habitude depuis tout ce temps, je fais les choses dans l’ordre et je m’attèle à vous parler de mes impressions sur l’artwork. C’est une présentation relativement simpliste je dirais, sans vouloir apparaître comme étant condescendant. Je trouve juste le concept des capuches un peu trop à la mode en ce moment, et surtout lorsque l’on veut faire du black metal, peu importe sa nuance. A propos de nuance, la pochette est en « grey ». Petite blague pourrie du soir!
Je reconnais volontiers que je suis un peu dur, et j’aimerais nuancer justement en disant que la pochette surfe, certes, sur une vague vestimentaire à la mode en ce moment, mais qu’elle est quand-même bien faite. Graphiquement parlant j’entends, elle est très sympa à contempler et donne une ambiance de gravité qui me plait. Même si… (Putain! Il va encore émettre une critique!) Je ne vois pas très bien le rapport avec un rituel du Soleil vu que l’on est sur des bases d’ombres et de gris, mais bon. On n’est pas à une métaphore près. Pour le reste je trouve qu’il y a peu à se mettre sous les canines, il vaut mieux passer à la musique.
PS : le logo est très joli !

Et c’est là que j’ai découvert le subterfuge! En fait, la piste unique est divisée en trois parties sur le papier, trois morceaux d’environ dix à douze minutes chacun, que l’on peut écouter en zappant sur YouTube par exemple. Pas sur les autres plateformes, le morceau est bien présenté comme unique représentant de l’album. Cela tombe bien, on n’entend aucune réelle différence entre les trois parties! Que je vous explique : j’ai démarré mon écoute sereinement, en me disant qu’une pause entre la demi-heure serait fatale à mon analyse donc je m’étais un peu préparé mentalement, dans une position des plus confortables, à l’écoute intensive en me promettant de ne pas l’écouter trop de fois sous peine d’imploser intérieurement. Et le titre démarre, sur des ambiances incroyables, où l’on touche du doigt avec fermeté une sorte de drone metal ambiant très prenant, très hypnotisant même, qui monterait en puissance avant d’enchainer vers un metal bien froid et violent. Je me projetais bien ainsi! Et puis, les minutes passent… Toujours ce drone ambiant lancinant. Et cela continue, continue, continue… Indéfiniment. Cela ne finit pas, toujours cette montée en puissance que j’attendais mais qui va mettre… Treize minutes avant de déboucher sur une partie narrative et une arrivée des guitares et d’une batterie au bout de… seize minutes. Franchement, c’est long. Cependant, cela reste du domaine de l’appréciable mais uniquement quand on a l’habitude du drone metal à la Sunn O))) par exemple. Et puis enfin quelque chose de très prenant apparait : les voix. Ce ne sont pas des chants mais des incantations, faites à plusieurs voix masculines, qui font une sorte de prière au Soleil je pense, mais un Soleil bien noir au vu des paroles et de la litanie qui dure elle aussi pendant longtemps. Puis la troisième partie continue sur la lancée de la première, on repart sur un drone ambiant bien sombre, dérangeant et nocturne. Oui! Nocturne, c’est le mot. Pour un rituel solaire, c’est un peu le comble.

Alors, dans tout ce gourbi sonore, difficile de dire si ce dernier est bon ou non. Cela reste très ambiancé donc avec peu d’instruments metal. Et je suis obligé de reconnaitre que l’on sent malheureusement les méfaits de l’autoproduction dans cet album. C’est simple : le peu de temps que l’on a des instruments metal, on ne les entend pas… La batterie est à peine audible, fait d’ailleurs plus office de percussions que de vrais parties musicales, la ou les guitares sont tantôt présentes, tantôt noyées dans les effets sonores, les samples et les chœurs, il n’y a pas de basse et c’est dommage, cela aurait rajouté une touche un peu doom metal qui serait bien passée et qui aurait accompagné dignement la batterie famélique. En fait, je pense qu’à ce stade-là de carences sonores, il faut trancher : soit on met des instruments metal pour qu’on les entende, soit on n’en met pas et on reste sur un album ambiant et cela m’aurait encore plus fait plaisir! Mais là, je reste clairement sur ma faim avec ce son défaillant. D’autant plus que les parties ambiantes, heureusement dominantes sur l’album, sont excellentes! Très copiées sur Sunn O))) ou Lustmord mais excellentes quand-même!

Après réflexion, j’attribue, à tort ou à raison, la musique de Snøgg à une volonté non pas musicale pure, mais plutôt initiatique. La musique sonne vraiment, en y réfléchissant, comme un lever de soleil sur une terre désolée, des adorateurs du Soleil (on n’est quand-même loin du cliché qu’il y a avec les Incas dans Tintin) qui déclament des scaldes ou des prières à ce dernier pour probablement avoir sa protection (ou la paix bêtement), et un coucher de soleil qui finalement n’arrange rien à la désolation autour. Trois étapes selon moi qui sont donc dictées dans un but plus spirituel que musical. Il faut prendre ce CD ainsi si j’ose imaginer la démarche artistique à la place de l’auteur. Ce qui rend la musique en elle-même plus accessible que si l’on attendait, comme je le pensais, à du post-black metal ou du black atmosphérique comme c’était écrit sous la classification quand je l’ai choisi. Du coup, la musique est quand-même, malgré les défauts que j’ai cités plus haut, vraiment intéressantes.
Je trouve qu’il y a une vraie influence, un peu trop marquée, de Sunn O))) et de Lustmord pour l’aspect dark ambient de l’album. Peut-être que la musique de cet album ne se démarque pas assez encore, il y a probablement des choses à creuser plus originales, plus identitaires encore de la part de Snøgg.
Le fait est, toutefois, qu’il n’y ait qu’un morceau reste une démarche artistique qui m’échappe. Pourquoi ne pas avoir partagé l’ensemble en trois, comme l’on peut le faire sur YouTube? Pourquoi obliger l’auditeur à se farcir un titre de trente-huit minutes sans pouvoir aller vers les zones qui lui plaisent? Je me souviens m’être posé exactement la même question lorsque je suis tombé sur Winter’s Gate d’Insomnium que pourtant j’adore. Mais étant un auditeur qui aime quelque fois aller vers des riffs que j’aime, sans être obligé d’écouter tout un morceau, là je suis pris au dépourvu. Et je doute fort que ce soit le genre de démarche qui plaise au public… Alors, à moins que notre ami Snøgg veuille rester dans les tréfonds de l’underground, et ne pas vouloir toucher un large public avec sa musique, je ne vois pas comment il pourrait progresser et gagner en notoriété comme cela.
Mention spéciale à la fin de l’album qui, pareillement, me semble totalement biaisé. Au-delà du copier-coller parfait de Sunn O))) sur le Black One (album majestueux au demeurant), c’est une fin très hors sujet selon moi, avec des incorporations limite électro ambiant qui ne collent pas du tout. J’ai arrêté la première écoute sans pouvoir continuer à partir du moment où cette bande-son hors de tout sens apparait.

Par contre, gros clin d’œil positif sur le chant qui n’apparait là encore que très peu, mais sa présence microscopique mérite tout de même un paragraphe tant il est sublime. Moi qui aie une âme portée sur le chamanisme et certaines pratiques ésotériques, écouter des déclamations aussi puissantes, avec probablement un hommage et une prière, ne pouvait que m’intéresser. La part de mystère intervient également dans le fait que je n’ai pas pu comprendre toutes les paroles. Ainsi n’aurai-je pas compris le but spirituel de cet album mais je ressens au moins qu’il y a une espèce de sincérité dans l’intention, qui se ressent clairement dans les déclamations. Gros point fort!

Je termine cette chronique sur un effet partagé. Je pense, sans être totalement certain de mon coup, avoir beaucoup aimé cet album car il me rappelle certaines influences drone et ambiant que j’adore, comme Sunn O))) et Lustmord (le roi de la dark ambient!). Il n’en demeure pas moins que cet album présente quelques points qui me semblent fragiles, trop fragiles pour plaire à un large public : ce morceau unique qui dure longtemps et n’offre aucune possibilité de défilement quelconque ; le son qui fait un peu défaut et qui ne laisse quasiment aucune place à une musique estampillée metal, et enfin cet aspect très personnel qui n’encourage pas l’empathie et le ressenti. On pourrait sans peine mettre sous l’étendard de l’audace cet album Ritual of the Sun, espérons que l’audace paye en ces circonstances. C’est tout ce que je souhaite à notre ami slovène Ulv évidemment. Retenez donc que cet album n’est pas à la portée de tous, mais que pour ma part c’est un oui.

Tracklist :

1. Ritual of the Sun, Pt. 1 13:30
2. Ritual of the Sun, Pt. 2 10:30
3. Ritual of the Sun, Pt. 3 13:28

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