Line-up sur cet Album


  • Line up Griffon : Dino Dieleman : Basse Sinaï : Guitare Aharon : Chant Kryos : Batterie Antoine : Guitare
  • Line up Darkenhöld : Aboth : Batterie, Percussions, Claviers Aldébaran : Guitares, Claviers, Basse, Chant Cervantès : Chant

Style:

Black medieval metal

Date de sortie:

31 mai 2019

Label:

Les Acteurs de L’Ombre

Note du SoilChroniqueur (Quantum) : 9.75/10

« Si le Blason prouve la noblesse du nom que l’on porte, c’est la noblesse du cœur qui rend digne de le porter. » Stanislas Leszczynski, 1764

Je ne pouvais décemment pas passer à côté de cette annonce fracassante ! Deux groupes inestimables pour la scène française qui sortent un split, mon sang n’a fait qu’un tour ! J’ai déjà eu l’occasion de parler de la magie musicale de Darkenhöld, groupe devenu mythique de la scène folk black metal qui nous transcende par sa poésie et ses voyages dans les couloirs des temps anciens, né sous les cendres du groupe Artefact. Et Griffon, que je connais de manière plus sommaire au départ mais que la curiosité m’a poussé à découvrir, groupe existant depuis 2012 et originaire de Paris, évoluant dans un black metal plus froid mais toujours avec cette touche historique qui me fascine. Je n’ai pas envie de faire dans le tricotage littéraire donc passons tout de suite aux choses sérieuses ! Pas de fioriture !

Ma soif de découverte m’a d’abord amené à écouter Griffon, son black metal « médiéval » décrit comme tel dans la présentation du split et les quatre morceaux qu’ils offrent comme un don des Dieux qu’ils exécutent sur le bûcher de leur musique assassine. Ainsi démarrent « Si Rome Vient à Périr » et son pamphlet agressif sur l’avènement du Christ dans la Caput Mundi. Le black metal est non seulement de rigueur, mais en plus se déverse avec des mélodies magnifiques, entraînantes jusqu’au plus profond de nos entrailles. Il y a une intensité extrême, et les paroles du morceau résonnent comme un profond désespoir dû à la chute de la ville aux Sept Collines. “Roma Divina Urbs” n’est plus, et Griffon nous fait sentir toute sa rage et cette peur de voir cette cité extraordinaire s’effondrer dans une chute vertigineuse qu’est la foi chrétienne. C’est la première chose qui me frappe dans la musique : cette intensité, cette authenticité qui laissent à penser que les musiciens vivent réellement ce désespoir. Rarement un black metal ne m’aura laissé une telle force dans le ressenti qui en découle. C’est exceptionnel ! J’adore le texte, écrit en vers et en français, qui me réconcilie totalement avec le risque de screamer dans la langue de Molière. Je pense, au moment où je vous écris, que ce split va redonner un peu d’élan d’inspiration à mon âme pour écrire des chroniques. J’ai longtemps tergiversé, mais aujourd’hui je fonce tête baissée sur la suite !
Le deuxième morceau, « Souviens‑toi, Karbala », m’amène tout de suite à penser que le groupe explore tous les horizons religieux et culturels possibles avec cette référence à la bataille de Kerbala le 10 octobre 680 en Irak, centrée sur le petit‑fils de Mahomet. Et résolument, ce morceau sonne comme un lendemain de bataille sanguinaire où le soleil se lève dans un ciel écarlate tel un voile rougi du sang coulé. Le black metal peut avoir cette force insoupçonnée de décupler cette détresse au lendemain des batailles où des personnes meurent injustement, même en accomplissant leur devoir. Au milieu du morceau sonne une homélie orientale, comme pour nous rappeler le contexte difficile du morceau. Une nouvelle fois, le texte est d’une grande poésie et avec un luxe de détails qui montre la maîtrise du sujet abordé. Un pur chef‑d’œuvre de parolier comme j’en ai rarement lu. Le morceau est moins long mais n’en reste pas moins prenant, et le voyage vers ces temps anciens où l’Homme n’était qu’un esclave dans des causes obscures est plein d’émotion.
« Jérusalem » est le troisième morceau, et après avoir exploré la cité romaine et la ville musulmane, nous voici prêts à pénétrer les murs saints de la ville tant protégée. Je ne sais pas si c’est moi, mais je trouve ce morceau encore plus transcendant, encore plus puissant dans les émotions véhiculées. C’est vous dire à quel point je suis en transe ! On sent qu’il y a de l’amour, de la passion aveugle pour Jérusalem, et tout le morceau parle du point de vue des croisades et des peuples l’ayant défendue. En fait, plus j’avance, et plus j’ai l’impression que Griffon a voulu faire une boucle entre ces trois cités. Toujours est‑il que le black metal est toujours aussi incroyable, avec des lignes mélodiques redoutables et intelligentes qui mettraient les cœurs de n’importe quel amateur de black metal à nu, au grand jour, dans un signe patriotique. Le morceau se termine au clavecin, ce qui est plutôt surprenant, pour ne pas dire étrange, mais non dénué d’intérêt. Le texte est également écrit en vers, avec des rimes superbes, une rythmique travaillée qui ne laisse pas de place au hasard.
Le dernier morceau appelé « Interlude » est un morceau instrumental au piano ou clavecin, d’une grande beauté. On dirait un éloge à la grandeur de ces cités, une magnificence royale qui parachève cette partie de split avec brio ! J’affirme même qu’il s’agit là de mon morceau préféré en terme d’instrumental depuis belle lurette ! Une œuvre exceptionnelle (sur lequel même ma fille de deux ans a dansé, et pendant lequel j’ai versé une larme, mon bien‑aimé chef de webzine Chris Metalfreak peut en témoigner).

En résumé, non seulement la partie de Griffon est incroyable, mais du point de vue de la production tout est bien réalisé pour laisser planer cette émotion forte que je ne trouvais plus vraiment ces derniers temps, surtout dans le black metal qui a tendance à ne traiter que des même sujets redondants et qui se dénature avec le temps. Ici, je puis vous assurer que vous ne serez nullement déçus, et Griffon mérite toute mon attention, et surtout, SURTOUT, la vôtre. Parce que les morceaux sont magnifiques, d’une agressivité qui n’a d’égal que les émotions qui sont mises en exergue, et les textes sont époustouflants à tous points de vue ! J’adore, et j’en redemande !

Passons à Darkenhöld désormais. Et moi qui suis un grand admirateur de nos amis niçois, je pense que la tâche va être rude pour se maintenir au niveau de Griffon, même s’il n’est point question de dualité ici, mais de partage. En même temps, l’expérience n’est pas exactement identique puisque Darkenhöld a sorti quatre albums là où Griffon n’en a sorti qu’un. Mais bon, arrêtons les comparaisons, je crois que c’est une démarche maladroite que de chercher à les opposer. Désolé.
Difficile cependant de sortir de la musique de Griffon et d’attaquer avec des morceaux acoustiques, car c’est bien de cela qu’il s’agit avec Darkenhöld. Et ainsi se lance le premier, intitulé « Marche des Bêtes Sylvestres », avec ses guitares sèches qui me font penser à un univers de film très médiéval, au temps des chevaliers. Puis les instruments folk comme la flûte accompagnent les paroles contées de Cervantès. On pourrait imaginer sans peine des parties black metal normales, tant les guitares et les percussions sont raccords avec un ensemble plus agressif. Même les claviers en mode chœurs sont dans cette veine ! Pas de doute, l’esprit black metal médiéval de Darkenhöld est bien présent. Le chant me semble un peu trop en retrait, mais j’imagine que c’est volontaire… Il y a peut‑être une carte « trop » acoustique qui est jouée, parce que le chant mériterait une place plus prépondérante, surtout dans une logique de raconter des légendes. J’attends de voir la suite concernant ce point, parce que je suis vite rattrapé par la musique qui devient plus rapide et par l’arrivée de violons pour conclure cette première ode. Plutôt bien exécuté, avec finesse et une forme de lyrisme « posé », le premier morceau laisse l’empreinte significative du groupe et le talent de composition d’Aldébaran.
« Le Sanctuaire de la Vouivre » est un morceau qui démontre toute l’étendue culturelle du groupe qui parle de la vouivre, créature mythologique en forme de serpent ailé, ou de dragon. Les instruments folkloriques sont plus présents sur ce morceau et se diversifient un peu plus avec l’arrivée d’une guimbarde et d’un instrument à vent que je ne parviens pas à identifier. Une nouvelle fois, on sent que ces morceaux acoustiques seraient destinés à être joués en saturé, en tout cas je les imagine sans peine ainsi. C’est un morceau, pour ma part, que je trouve bien composé, avec des alternances plus variées que le premier. Le chant est toujours en retrait, c’est un peu dommage quand on connaît la qualité de chant de Cervantès, mais bon…
« Les Goules et la Tour » démarre fort, avec les guitares qui commencent presque comme un blast ! Très dansant, il y a beaucoup de souvenirs qui me reviennent en écoutant ce morceau. Je ferme les yeux et je me retrouve dans les remparts de Carcassonne, dans le Val des Nymphes, et c’est ce qui fait toute la force et la magnificence de Darkenhöld qui sait nous faire voguer à travers nos propres souvenirs. Je pense que c’est mon morceau préféré, et de loin. La rapidité des parties guitares et les chœurs qui accompagnent le tout sont vraiment un bonus !
Et pour terminer, « Citadelle d’Obsidienne » continue sur la lancée des autres avec son texte en vers et plus déclamé que chanté. Je retiens particulièrement le mastering de la partie Darkenhöld qui confère un son très particulier qui me rappelle justement la base de composition d’Artefact, avec ses vieux claviers et ses parties metal qui sonnaient exactement pareilles. Et c’est là toute la puissance de ces morceaux acoustiques : nous rappeler la musique metal.

Un petit mot pour l’artwork qui mérite toute notre attention tant il est beau. On peut y voir un magnifique blason à faire se pâmer les nombreux adeptes d’héraldique. On y retrouve différents symboles comme la fleur de lys, une forteresse, trois clefs qui se croisent et un croissant de lune, le tout en avant‑plan de ce qui ressemble à une cathédrale. Le ton rouge sur fond noir amène une sorte de martialité à l’ensemble, qui fait pour le coup plus la part belle à Griffon qu’à Darkenhöld. On retrouve cette notion de dualité que je considère comme contraire au split, avec dans chaque recoin d’artwork une césure entre les deux groupes, notamment des dragons qui s’affrontent, ou, lorsqu’on ouvre le CD, une partie distincte pour chaque groupe, ou encore, au dos du CD, deux symboles propres aux groupes qui sont séparés par une épée. J’apprécie beaucoup le design du CD, même si je ne suis pas vraiment convaincu qu’il y ait équité entre les deux groupes. C’est un artwork que j’aurais vu volontiers pour Griffon, à n’en pas douter ! Mais pour Darkenhöld, je suis un peu plus sceptique, surtout lorsqu’on connaît bien leur discographie.

Donc ! Si on synthétise le tout, on a au départ deux groupes radicalement différents sur le plan musical avec Griffon, « jeune » groupe qui propose un black metal assez agressif mais ayant une dimension émotionnelle manifeste, et Darkenhöld, qui s’est forgé sa réputation dans le milieu underground français et qui se projette plus dans un black metal mettant en avant des légendes médiévales sur fond de black metal plus atmosphérique en quelque sorte. Deux groupes que beaucoup de choses opposent en fin de compte, mis à part leur appartenance au label Les Acteurs de l’Ombre, lequel a certainement voulu proposer à deux de ses plus dignes représentants de se réunir dans un seul et unique CD pour croiser le fer. Mais, comme dit le proverbe : « les contraires s’attirent ». Et la réunion qui a de manière surprenante découlé de cela fait sans aucun doute l’éloge de l’Histoire et des contes qui s’ensuivent. Et le résultat est que ce split est une pièce maîtresse majeure de la musique metal, et qu’il n’y a aucune excuse pour passer à côté sans y jeter une oreille et un regard attentifs. Sincèrement, les ami(e)s, si vous aimez le metal, ne passez pas à côté de cette merveille.

 

Tracklist :
1. Griffon – Si Rome Vient à Périr 09:13
2. Griffon – Souviens‑toi, Karbala 05:58
3. Griffon – Jérusalem 08:00
4. Griffon – Interlude 03:06
5. Darkenhöld – Marche des Bêtes Sylvestres 04:57
6. Darkenhöld – Le Sanctuaire de la Vouivre 04:42
7. Darkenhöld – Les Goules et la Tour 04:31
8. Darkenhöld – Citadelle d’Obsidienne 05:13

Griffon :
BandCamp : https://griffonblackmetal.bandcamp.com/
Facebook : https://www.facebook.com/griffonblackmetal/

Darkenhöld :
BandCamp : https://darkenhold.bandcamp.com/
Facebook : https://www.facebook.com/Darkenhold/
Myspace : https://myspace.com/darkenhold

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