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DunkelNacht – Empires of Mediocracy

Le 24 février 2019 posté par Willhelm von Graffenberg

Line-up sur cet Album


  • Heimdall - Guitares, Programmations
  • Alkhemohr - Basse, Chœurs
  • M.C. Abagor - Chant
  • Tegaarst - Batterie

Style:

Black Metal

Date de sortie:

19 Février 2019

Label:

Non Serviam Records

Note du SoilChroniqueur (Quantum) : 9/10

« Si l’athéisme se propageait, il deviendrait une religion aussi intolérable que les anciennes. » (Gustave Le Bon)

Hé oui ! Sous couvert de la négation de Dieu, certaines personnes réfutent de manière agressive les croyances des autres. S’opposant par là-même à l’anticléricalisme qui préfère réfuter l’organisation œcuménique des religions que les croyances elles-mêmes, les personnes se voulant athées en viennent parfois à devenir plus agressives envers les croyants et les fondements des textes religieux.
On pourrait d’ailleurs remarquer qu’après l’apogée d’une ère sataniste dans le Metal, est venue avec le temps celle d’un athéisme profond, belliqueux, les groupes partant en croisade contre toute forme de croyance, peu importe laquelle est-ce. Mais attention ! N’oublions pas que si le Metal est un formidable moyen d’expression pour des opinions plus extrêmes, il n’en demeure pas moins du travail artistique et donc, un spectacle plus qu’un réel mode de vie. Rares sont les groupes de genre musical à avoir mis à exécution leurs démarches guerrières contre les religions (et tant mieux quelque part).

Cependant, difficile pour les groupes de démentir les propos tenus dans leurs textes et véhiculés dans leurs concerts, et certains deviennent vite blacklistés. Souvent à tort.

Le groupe DunkelNacht en fait bel et bien partie, de cette tranche de groupes-ci…
Formé en 2004 près de Lille, le groupe français avec un chanteur hollandais s’est forgé une solide discographie durant toutes ces années avec pas moins de trois démos, quatre split albums, deux EPs et un single… et, ce qui nous intéresse le plus, trois albums dont le premier né Atheist Dezekration datant de 2010.

Le groupe n’est pas non plus resté inconnu en Europe puisqu’il a fait son petit bonhomme de chemin à travers différents pays comme les Balkans, Russie et dernièrement une tournée au Royaume-Uni. Composé de membres actifs de Ghusa, on pourrait même se dire que DunkelNacht est en train de s’installer durablement sur la scène Black Metal française pour peut-être, qui sait, devenir un de ces futurs hauts représentants.
Mais le malheur de ce groupe a été d’être rapidement catalogué sous des étiquettes moins glorieuses par leurs propos très agressifs contre les religions monothéistes – toutes les religions monothéistes -, d’où mon introduction.

Je vois, à travers cette démarche, plus un combat contre les côtés sombres de ces religions qui inscrit le groupe dans l’aspect provocateur de la musique metal, plus qu’une réelle opinion psychorigide qui régit un mode de vie tout entier. Mais ce n’est pas l’objet principal de ma chronique. Ce qui nous intéresse aujourd’hui est leur dernier album sorti le 19 février 2019 intitulé Empires of Mediocracy.

Et dès le départ, je suis interpellé par la pochette de l’album.
Cette symétrie parfaite entre quatre crânes couronnés et une fresque faite de châteaux, ou en tout cas d’édifices médiévaux, avec cet œil au milieu qui est éclairé me laisse imaginatif. Autant on pourrait y voir une référence directe à des motifs religieux anciens, autant la présence de ces crânes m’embrouille.

Du coup, je me suis servi de l’explication du concept fourni par le groupe (dont je salue vraiment la démarche) qui théorise l’album. Et, apparemment, il n’y a pas de référence directe aux religions.
Par contre, il y a quatre Alphas nommés ce qui pourrait correspondre. La pochette est jolie mais j’ai un peu de mal à faire le lien avec le concept de l’album. Autant ce dernier est très clair et même intéressant, autant la pochette me semble assez hors-sujet. Le choix des symboles, hormis l’œil qui fait penser au Savoir, est flou. J’en viens à me dire que la pochette a été bâclée, mise de côté comme si elle n’avait aucune importance dans l’élaboration de l’album.
C’est dommage parce qu’encore une fois la pochette est souvent ce qui attire le premier regard.
A revoir pour plus de visibilité.

Par contre, dès que l’on prête une oreille attentive à la musique de DunkelNacht, on est frappés par ce mélange magnifique de brutalité et de beauté ! Proposant un Black Metal avec des passages résolument mélodiques, voir même techniques, il y a une incroyable violence qui se dégage de l’ensemble.
Les guitares jonglent divinement (si je puis dire) entre des parties brutales et des passages mélodiques qui apportent une touche de dramatique et de solennité. La batterie joue bien son rôle d’appui rythmique mais rajoute en plus des parties techniques qui donnent une variabilité aux compositions. (C’est d’ailleurs un point qui sera à double tranchant que je développerai plus tard.) La basse n’est pas très audible mais comme souvent malheureusement. L’utilisation de samples au piano notamment rajoute encore à cette noirceur primale. D’ailleurs, les samples sont déposés à des endroits stratégiques et ne font pas partie des instruments officiels, ce qui n’empêche pas que leur incorporation est un bonus non négligeable qui remplit bien son rôle !
Sans compter l’ajout de passages dark ambient entre les morceaux comme liant et vous obtenez un album de très bonne facture. On se rappelle aux bons souvenirs du groupe qui officiaient dans la Dark Ambient auparavant.

En tout cas, ces huit compositions sont de très bonne facture ! J’ai été agréablement surpris notamment par le troisième morceau, « Eerie Horrendous Obsession », qui a une dimension dramatique assez exceptionnelle tout en gardant cette touche de violence qui fait la marque de fabrique à l’album. Étant assez sensible aux chansons avec de l’émotion, j’ai adoré celui-ci qui apporte ce que j’attendais de la part de DunkelNacht et de son concept d’humanité dominante, et dans son cheminement vers un état de perfection qui passe, à mon avis, par un état émotionnel.
Mention spéciale également à « Amongst the Remnants of Liberty », suivant sur la liste, qui continue de donner de l’émotion avec un soupçon de brutalité supplémentaire qui apporte une touche plus primaire encore. Ce sont, à mon plus humble avis, les meilleurs morceaux de l’album.

Et que dire des soli ? Ils sont tout simplement magnifiques. Je n’ai pas souvenir d’avoir entendu plus beaux solos dans toutes mes écoutes, et ça commence à faire ! J’adore l’utilisation des solos comme des parties mélodiques à part entière qui donnent une dimension nouvelle aux riffs qui tournent en boucle, et je crois que, sans aucun doute possible, le musicien qui compose la musique de DunkelNacht a su non seulement composer les solos adéquats mais a en plus réussi à les poser pile aux endroits opportuns. Un grand bravo pour ce génie de composition !

Le chant, quant à lui, cher à mon cœur, est excellent. Je comprends mieux pourquoi le groupe s’embarrasse de la distance en ayant recruté M.C. Abagor en 2014, chanteur de Morvigor que j’aime beaucoup : il a une très grande maîtrise du growl et du scream et ne se prive pas de mettre la violence nécessaire en plus de la musique. Je trouve même d’une grande intelligence l’utilisation de son étendue vocale dans les placements qu’il en fait : cette alternance de tessitures ne fait que renforcer davantage le travail de composition de l’album. Du grand chant !

Les textes sont non seulement très bien écrits – pour un groupe français, je suis épaté par la qualité de l’anglais -, mais en plus fonctionnent autour du concept de l’album et sont dans une dimension philosophique très intéressante ; jouant la carte de la provocation en « catégorisant les êtres humains » pour « leur faire croire en une sorte d’idiocratie » (traduction du concept), il en va clairement d’une idée selon laquelle il y aurait plusieurs Alphas (l’alpha étant le chef de clan dans le principe de la meute) selon leur évolution en quatre stades. J’ai traduit les différentes étapes de ces stades et je dois reconnaître que je n’ai pas tout saisi.
J’ai trouvé ce concept un peu trop chiadé sur l’instant, mais pas inintéressant.

Les seuls points faibles que je trouve à cet album se situent dans cette volonté de faire varier les compositions à outrance ; j’aime beaucoup cette idée de varier les morceaux selon les besoins des textes et du concept, de même que changer les constructions permet à un album de ne pas s’essouffler et d’être écouté sans pause, ni lassitude… Mais en l’occurrence, par moment (pas partout heureusement) c’est trop. Le premier morceau, « Relentless Compendium », par exemple, m’a laissé un souvenir amer. Il est trop changeant, pas assez cohérent. C’est même un morceau que je trouve antithétique avec le reste tellement il est brouillon : pas de passage mélodique, que de la brutalité et des variations de riffs qui ne vont pas avec le reste.
Dommage car il s’agit en plus du premier morceau, donc gare à ne pas vous décourager tout de suite, vous qui allez écouter l’album ! Écoutez les autres avant de vous faire une opinion.
Et le chant, si excellent soit-il fonctionne pareil. Trop présent, pas assez rythmé. Du coup, il y a eu pas mal de moments où j’avais envie de gommer le chant pour pouvoir écouter les parties mélodiques derrière. Attention à ne pas trop mettre de chant sur ces parties-là ! Le but est quand-même que nous parvenions à capter la beauté de ces riffs, donc si vous mettez du chant par-dessus sans arrêt, comment voulez-vous que l’on apprécie les morceaux ?
Je suis persuadé qu’en concert le reproche sera le même, et une personne qui va écouter les groupes aime se laisser porter par la musique plus que par le chant.
A méditer pour les prochains albums je pense.

Si on résume, l’album Empires of Mediocracy est un excellent album qui doit à la fois sa force et sa faiblesse à sa composition variée et complexe. Il ravira à n’en pas douter beaucoup d’amateurs de Black Metal mélodique car les musiciens ont ce talent que beaucoup pourraient envier et cherche à approfondir des concepts sur des sujets intéressants qui donnent un bon rajeunissement à une scène qui s’épuise dans les mêmes thématiques ; je pense que le groupe a voulu lui-même sortir de cette zone de confort de la scène black metal qui gravite autour des mêmes thèmes et qui étiquettent, à la longue, les groupes vers des non-dits choquants.

DunkelNacht a évolué dans le bon sens et c’est tant mieux car la scène française a besoin de groupes comme ceux-la, qui cherchent à faire grandir davantage notre musique.

Tracklist :

1. Relentless Compendium (4:29)
2. Servants (4:56)
3. Eerie Horrendous Obsession (6:52)
4. DunkelNacht – Amongst the Remnants of Liberty (7:44)
5. Verses and Allegations (4:51)
6. Empires of Mediocracy (8:10)
7. The necessary Evil (4:17)
8. Non Canimus Surdis (6:20)

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