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Dronte – Quelque part entre la guerre et la lâcheté ...

Le 14 mars 2019 posté par Willhelm von Graffenberg

Line-up sur cet Album


  • Nicolas Aubert : guitare
  • Benoît Bedrossian : contrebasse
  • Ève-Rosemarie Boulada : saxophone
  • Frédéric Braud : chant, shruti et bâton de pluie
  • Lucas de Geyter : batterie
  • Camille Segouin : vibraphone et percussions
  • Grégory Tranchant : guitare
  • Christophe Lasserre : textes
  • Valère Brisard : son
  • Maud Villeval : lumière

Style:

« Post-metal acoustique »/Chanson française

Date de sortie:

22 Février 2019

Label:

Apathia Records

Note du chroniqueur (Gibet) : 9,5/10

Le 19 janvier, au théâtre de la Joliette à Marseille se jouait, mis en scène par Agnès Régolo, la première pièce d’Alfred Jarry : Ubu roi. Ce spectacle déjanté mettait en lumière la richesse sarcastique d’une pièce libre et provocatrice (et diablement novatrice pour l’époque) dont les thèmes, traités en toile de fond, la pièce étant avant tout un chef d’œuvre comique, sont la soif de pouvoir, la toute-puissance de l’enfance et l’aliénation par le système.
Et bien, sachez Mesdames et messieurs, lecteurs et lectrices de cette chronique, que le premier album de Dronte m’a fait le même effet que ce spectacle. Quelque part, Entre la guerre et la lâcheté est une véritable œuvre d’art, un ovni si particulier qu’il risque de diviser, comme chaque œuvre jusqu’au-boutiste, l’auditoire.

Vous êtes ici face à une œuvre ouvertement complexe, profondément intelligente, celle qui demande un effort paradoxal. S’y plonger sérieusement pour en saisir toute la force et ne pas trop l’intellectualiser pour ne pas tomber dans la surinterprétation. C’est typiquement ce qui ferait passer cet album pour une branlette intellectuelle sans âme, ce qui est loin d’être le cas.

Si le groupe, dont le nom correspond au dodo, l’animal absurde tristement disparu (RiP) se définit comme du Post Metal acoustique (et qu’il se fout peut-être un peu de votre gueule à ce moment-là), le limiter à une ânerie pareille serait terriblement réducteur. En réalité, il s’agirait plus d’un étrange mélange dans lequel se fondent le dernier Diapsiquir, du Pensées Nocturnes et… Ubu roi. Au premier, il emprunte le phrasé et la plume acerbe, au second la variété instrumentale (les cuivres sont, passez-moi le terme, bandants) et donc le côté sarabande, le décalage et la théâtralité et, au dernier, l’originalité textuelle et les thèmes.

En effet, l’album tire avec sarcasme et finesse des aspects les traits d’une société malade et tristement ridicule, qui fait la part belle à l’individualisme, à l’amour propre, au paraître. Chaque canteur est un personnage désagréable, aliéné par ses obsessions. On retrouve, pour imager mon propos, des nombreuses connivences avec le morceaux « Les sept pêchés » du rappeur Lucio Bukowski.

Prenez par exemple le premier morceau, « Champion en série », qui traite de cette sensation d’être différent, d’être à part alors que l’on est « l’exacte copie de son voisin » pour paraphraser la description que le groupe en a fait (« Marche libre, marche fier ! »). Le groupe joue sur des termes forts, sur des associations et des constructions verbales étranges mais étonnamment frappantes (« Ça fait sismographe ») qui perdront sûrement les moins littéraires d’entre vous.
Néanmoins, Christophe, le lyriciste, se plaît à utiliser, par moments, des images tout bonnement magnifiques (Le hurlement de « Paraître » dans « Sarcophage du succès », frissons garantis), qui viennent humaniser les canteurs et les rendre presque pathétiques. Cette idée d’humanisation partielle, de transmission des émotions (toujours gênantes parce qu’étonnamment justes) sont mises en place par un diction très théâtralisée, avec des variations de rythmes, on passe constamment de l’apaisement à l’angoisse.

Et paradoxalement, le disque peut perturber parce que certains passages sont d’une froideur glaçante. Le bruit de claque suivi du « Ta gueule ! » dans « Théâtre du vacarme » me provoque, par exemple, toujours un rictus gêné, parce que je ne sais jamais comment réagir tant ce passage est grotesque et participe à la force du morceau.

En plus de tout ça, l’album se dote d’une musicalité brillante, les breaks à la guitare acoustique sont aussi surprenants que réussis, et les deux morceaux instrumentaux, « Un orage… » et « Puis plus rien », sont simples, beaux et aèrent l’album en se répondant. Cet effet miroir rajoute la sensation de sublime chez Dronte car cette gravité s’oppose au grotesque du texte et nuance l’aspect monochrome d’un album très critique. Il y a dans le silence une beauté qui magnifie la folie et la violence des propos (le paroxysme de la violence reste le répétitif et oppressant « Notre grande machine », très court).

Enfin, Quelque part entre la guerre et la lâcheté est un album fort de sens, expérimental et très singulier. On peut le rapprocher de la chanson française, du post-rock, du jazz, le tout enrobé dans une textualité très travaillée, cynique (« Sagesse gardée » fait penser à « Urbanisme » de Vald par exemple, dans les termes et le choix du point de vue). Autrement dit, vous avez un chef-d’œuvre clivant ici, qui saura peut être vous retourner le cerveau tant les refrains sont mémorables, les textes travaillés, la musicalité novatrice et l’esthétique évocatrice.

J’ai mis du temps à écrire cette chronique car je souhaitais tirer de l’album un maximum mais ma première version ressemblait à un commentaire de texte chiant et intellectualisant qui n’aurait pas rendu hommage au décalage et à l’aspect accessible du skeud, skeud qui risque de me poursuivre quelques années.

Alors, merci Dronte pour le chef-d’œuvre, on vous attend au tournant. Cet album est « une tumeur sur une perle ». Quelle image splendide.

Tracklist :

1. Champion en série
2. Théâtre du vacarme
3. Sarcophage du succès
4. Notre grande machine
5. Un orage…
6. Sagesse gardée
7. Escalade en chute libre
8. Un vide confortable
9. Et puis plus rien

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