Line-up sur cet Album


Stéphane Da Silva : Batterie Matt Johansson : Guitare, chant lead Thomas Jaëglé : Guitare, chant Joao Pascoal : Basse Matthieu Vallé : Clavier, guitare

Style:

Rock Progressif

Date de sortie:

15 décembre 2019

Label:

Season of Mist / Different Gravity

Note du SoilChroniqueur (Quantum) : 7/10

« La conscience à l’âme est comme le miroir où quand on est trop laid on ne veut plus se voir. » Proverbe français

Qu’est-ce que la conscience?
Combien de fois cette question subsidiaire a été posée durant les cours de philosophie? J’en ai mangé de la conscience pendant mon année de terminale littéraire, en raison de huit heures de philosophie par semaine. De même que les groupes qui choisissent des noms étranges, je commence à m’en gaver jusqu’à me remplir le gosier en dépassant toute satiété. Mais j’étais loin de me douter que je tomberais sur un groupe qui porte le nom d’un des principes philosophiques et psychanalytiques les plus discutés depuis la nuit des temps. Appeler son groupe Conscience, il faut le faire parce que c’est un concept tellement vaste et tellement sujet à des interprétations que j’en viens à me dire que ce choix est tout, sauf judicieux. Après, je suis aussi conscient (nest-ce-pas?) qu’il y a parfois un fossé entre la volonté du groupe de faire passer des messages par son nom ou par ses créations. Combien de groupes ont un nom qui, avec le temps, n’a plus rien de cohérent avec ces concepts? Fleshgod Apocalypse en est un parfait exemple : passé du brutal death metal à un metal plus symphonique et plus esthétique dans son iconographie, vous vous apercevez très vite que le nom du groupe n’a plus rien de cohérent du tout avec l’évolution. Alors, bien avant de m’atteler à la chronique de l’album In the Solace of Harm’s Way (« dans le réconfort du mal » en anglais) de Conscience, j’ai mon Jiminy Cricket qui m’a susurré de manière tyrannique que je me posais trop de questions. Ou pas assez? Nous allons voir cela.

Conscience est un groupe qui nous vient de France mais qui est un peu cosmopolite avec, d’après leur site, des origines françaises, américaines et portugaises. Le quintet a sorti depuis sa création en 2000 « seulement » trois albums et un EP. Je dis seulement non pas par souci de péjoration quelconque, mais parce que le groupe se revendique surtout comme un groupe de scène. Et c’est sur ce terrain-là qu’il semblerait que sa lumière ait eu la plus grande intensité avec des premières parties prestigieuses, avec des groupes comme Nightwish au Zénith de Paris (svp!), Epica, Anathema, etc. Pour n’importe quel musicien, on pourrait ressentir une profonde enviosité devant un tel CV de concerts. Mais il ne faut pas perdre de vue qu’une bonne partie de la notoriété se joue aussi sur le travail en studio et cette rareté d’albums sortis depuis 2000 ne me fait pas partir serein sur l’écoute de In the Solace of Harm’s Way.

Et je dois reconnaitre que je ne pars pas sur des bases hyper emballantes avec l’artwork. Une vitre humide, avec des lumières bleues en bas du CD et rouge en haut, le « O » logo de Conscience en dégradé à côté, le nom de l’album en alphabet un peu « Stargate » et le nom du groupe. Et voilà quoi se mettre sous la dent, je dirais que sur l’échelle d’un amuse-gueule, on se rapproche plus des miettes de pain que l’on ramasse avec sa main et que l’on gobe après en fin de repas qu’un réel apéritif. Ce n’est pas super original et je ne vois pas tellement le rapport avec le nom de l’album. Pour moi c’est un artwork un peu bâclé, ou pas franchement pris au sérieux alors que c’est un outil majeur pour attirer l’auditeur… Mais bon. On repassera on va dire.

Pour l’aspect musical, je dois admettre que ma première écoute a été relativement agréable, pour ne pas dire alléchante. Pourtant, le groupe ne propose rien de bien fou. Certains disent qu’ils font du metal progressif et je dois dire que j’ai été plutôt étonné d’une telle affirmation, le groupe me semble plus surfer sur une vague rock que réellement metal, et pour ce qui est de l’aspect progressif je trouve qu’il est vite dit quand-même. Qu’il y ait des morceaux progressifs justement, certes ; mais de là à cataloguer définitivement le groupe dans cette branche, je pense qu’il y a encore un grand fossé tant les riffs restent malgré tout isolés. Je me prête à croire que Conscience est plutôt sur une mouvance rock, voir même pop rock si pour le commun du public ce n’était pas une insulte. De fait, la musique est plutôt variée sans être révolutionnaire, les compositions sont tour à tour bien punchy et bien calmes, comme un album de rock des plus banals en somme mais qui passe bien. Et c’est d’ailleurs lorsque Conscience a cherché à se démarquer de cette banalité qu’à mon sens, il s’est trompé. Je développerai cette affirmation plus bas.

Mais d’abord petit crochet habituel sur le son, et qui me semble être l’un des points les plus perfectibles de l’album. On en est à trois albums dont celui-ci qui est produit sous l’étendard d’un label, et pourtant il y a encore des points importants qui font (cruellement) défaut. A commencer par ce déséquilibre important entre d’une part les instruments de base qui sont trop bas, le piano à peine audible et d’autre part le chant beaucoup trop fort. Le problème d’un chant trop mis en avant est la perte de punch dans la musique, et déjà que le groupe n’est pas des plus agressifs (c’est presque un euphémisme que de dire cela), on frôle par moment l’ennui. La faute donc aux instruments que l’on n’entend malheureusement pas assez. Il y a donc ce premier point qui pose un gros souci à l’écoute de l’album, et il y a un second problème qui se situe autour du volume sonore. Il y a trop de décalage entre les morceaux en eux-mêmes, m’obligeant par moment à varier mon bouton de volume pour tenter de rester à un niveau un tant soit peu égal. Vous imaginez bien la gêne que cela occasionne quand on voudrait bêtement poser ses fesses dans le canapé et se laisser porter par la musique, et qu’il faut sans arrêt toucher au bouton de volume. Donc, je ne sais pas qui s’est occupé de produire cet album en studio, mais il y a fort à parier qu’il va falloir, dans le cas d’une production maison, s’affranchir de quelques certitudes finales, ou dans le cas d’un professionnel du son de revoir sa copie. Trois albums et donc toujours pas de maturité suffisante pour satisfaire l’auditoire, c’est quand-même étonnant, pour ne pas dire questionnable…

Et là où je suis d’autant plus désagréablement déçu, c’est que le groupe est vraiment bon dans ces morceaux! Du moins, quand on prend les morceaux un par un et sans ordre établi, je reviendrai là encore sur ce problème plus tard. Donc, laissons tomber temporairement l’ordre de l’album et arrêtons-nous sur les morceaux en eux-mêmes. On a grosso modo une alternance de chansons un peu punchy, et de morceaux plus calmes à la limite de la ballade qui font le boulot et qui sont très appréciables. Je disais que le groupe ne révolutionnerait pas le rock mais je pense que ce n’est pas leur but, et qu’il faut donc prendre ce CD comme il est, c’est à dire dans un rock moderne, déjà écouté mais toujours aussi efficace. Les points que j’ai plus appréciés dans In the Solace of Harm’s Way sont les passages instrumentaux! Dès le début je me suis totalement pris dans l’introduction qui fait très bande-son de film, la qualité est au rendez-vous et les interludes sont magnifiques. C’est vraiment très bien exécuté. Comme quoi cet album relève du potentiel indéniable, et le groupe est pétri de talent à n’en pas douter. L’on peut aisément comprendre pourquoi Conscience s’est retrouvé à faire des premières parties aussi glorieuses!
(NB : Seul bémol qui me questionne et qui est situé dans le quatrième de couverture du livret : il est écrit que les morceaux sont composés par Conscience sauf le 1,4,8,13 et 16 qui sont composés avec l’aide d’un tiers (Nicolas Soulat) et le 15 itou (Fabrice Hautecloque). Ce qui signifie que sur les seize morceaux, dix sont composés par Conscience et six sont accompagnés par un tiers ce qui peut étayer mon argument dommageable qui va suivre, et qui parle d’incohérence.)

MAIS. C’est un gros « mais » qui se profile : le problème majeur de cet album, voire même à la frontière du rédhibitoire, se situe dans l’ordre de lecture des morceaux. Là, le bât blesse profondément parce que j’ai eu le sentiment qu’aucun morceau ou presque n’étais à sa place. Vous avez par exemple Inreach qui s’enchaine après At Night et qui ne va absolument pas avec ce dernier! On passe d’une chanson bien énergique comme At Night à un début trop plan-plan comme Inreach qui met énormément de temps à se lancer et qui m’a, mais alors, totalement démotivé à continuer. De même qu’un morceau aussi beau que See Outside, mais qui suit un badass comme Ascending Rain, cela ne colle pas du tout. Sans compter ce morceau mystérieux, incroyablement inutile, peut-être le seul « metal » de l’album mais qui fait l’effet d’une grosse tâche et qui, comble de la superfluité, dure trente secondes… Sans déconner, à quoi cela sert? Et tout l’album semble totalement incohérent dans sa structure finale, je me demande vraiment pourquoi le groupe n’a pas fait par exemple deux parties : une avec les morceaux punchy et l’autre avec les calmes. Et je me répète encore mais après trois albums, faire encore une erreur de fondamentale pareille cela ne devrait plus être permis. Une telle maladresse, je ne peux pas l’accepter. Désolé.
Dans le même genre, les fameuses parties instrumentales de l’album que j’adore, ok! Elles sont superbes et c’est l’extase de les écouter. Mais est-ce qu’il y a un petit peu de cohérence entre des musiques dignes de bande-son de cinéma et ce rock moderne qui n’a au final rien d’épique ni d’aventureux, et qui du coup ne colle absolument pas non plus avec elles?… Moi j’ai été perdu. Sincèrement, quand on entend cette introduction on s’attend à une musique pleine d’aventure, épique et énergique, avec une vraie patate comme si on se retrouvait dans une montagne russe musicale! Et puis… Pof. Juste un pop rock déjà entendu. C’est franchement dommage d’être aussi peu clair avec soi et de le laisser transparaitre dans un album…

J’ai expliqué que le chant était trop fort, il n’en est pas moins de qualité. Après, je ne suis pas un grand fanatique de ce chant très pop, déjà entendu plein de fois et qui me fait la même réaction que lorsque j’écoute du RnB et que je me dis « tiens, c’est la même chanteuse ou quoi? » Le rock a besoin de voix, de vraies voix que l’on reconnaitrait entre mille et qui donne une chaleur, une identité à la musique à elle toute seule. Ici, c’est le contraire, cela dénature la musique de Conscience. J’aime, il y a une technique de chant impossible à remettre en doute mais sans plus, voilà tout.

Et pour finir, vous allez me reprocher de charger la mule mais il n’en est rien, je m’attaque simplement à des détails insignifiants pour la plupart d’entre vous mais pas pour moi. Le groupe se targue que les textes ont été écrits par un certain Nicolas Moulard, un français qui vit aux Etats-Unis et qui serait un écrivain poète si j’ai bien compris. Très bien! Il faut s’entourer de gens qui ont du talent et même si en tapant le nom sur Internet je n’ai rien trouvé, je ne remets pas du tout en doute le talent d’écriture de ce monsieur à qui le groupe a confié tous les textes de l’album. Mais encore une fois, une question demeure : si Conscience connait un super écrivain français, pourquoi avoir fait écrire les textes en anglais?… Je trouve cela vraiment dommage, encore une fois, de vanter le talent d’un écrivain FRANCAIS si c’est au final pour nous présenter des textes en anglais. Déjà, la cohérence encore une fois est aux abonnés absents. Mais aussi qu’est-ce que c’est dommage, je suis sûr que les textes en français auraient eu de la gueule comme ce n’est pas permis d’y croire! Mais bon, évidemment il faut faire « international », il faut percer et c’est bien connu des clichés de comptoir que, pour percer dans la musique, il faut chanter et écrire… En anglais! Voilà voilà… Beau gâchis.
Bon sinon, stricto facto, les textes sont bien écrits, sans grande originalité là encore, il y a des sujets déjà très utilisés en métaphore pour lesquels je n’ai pas spécialement envie de revenir en détail dessus.

J’ai semblé dur dans mon analyse et mes ressentis, aussi vais-je conclure en nuançant ceci. J’ai été dur parce qu’il y a de très bonnes choses sur cet album In the Solace of Harm’s Way, les morceaux sont de bonnes compositions, les musiciens sont talentueux, bref. Il y a du potentiel à revendre sur cet album qui transpire abondamment. Mais si on contextualise, on en est à trois albums et il y a encore des erreurs de débutants comme l’ordre fallacieux des morceaux, le travail en studio qui est moyen et qui tend à montrer un laxisme qui ne plaira pas aux auditeurs, un travail de communication autour d’un parolier qui serait pétri de talent mais qui écrit en anglais, et cette composition qui n’est pas toujours faite par le groupe mais par des intervenants extérieurs. Ce qui me laisse à penser que Conscience est en fait soit un groupe perfectible mais qui n’avance guère qu’à tâtons, soit un rassemblement d’interprètes musicaux plus que des créateurs qui naviguent quasiment à l’aveugle sur leur album. Pour moi, ce sera une note finale et un constat qui se dirige vers un « moyen-bon » mais plus pour ne pas être trop sévère et trop dicté par mes émotions et frustrations.
Il va falloir prendre conscience les amis, de quelques inconsciences dans votre musique.

Tracklist :

01 – In the Solace of Harm’s Way Part I
02 – At Night
03 – Inreach
04 – In the Solace of Harm’s Way Part II
05 – Ascending Rain
06 – See Outside
07 – There aren’t many Nightmares
08 – In the Solace of Harm’s Way Part III
09 – Harm’s Way
10 – Life takes a Turn
11 – The Uncertainties of May
12 – LNDASSML
13 – In the Solace of Harm’s Way Part IV
14 – At the Hands of the Clock
15 – Solace
16 – In the Solace of Harm’s Way – all parts

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